
Vincent Bolloré est renvoyé devant le tribunal correctionnel de Paris, en même temps que deux cadres de son groupe, Gilles Alix, ex-directeur général, et Jean-Philippe Dorent, dirigeant de la filiale Havas (anciennement Euro RSCG). Ils seront jugés pour corruption d’agent public étranger au Togo et complicité d’abus de confiance au Togo et en Guinée.
Selon l’ordonnance de renvoi, Bolloré et Alix « ont décidé ensemble la prise en charge de frais de campagne des deux candidats », les présidents Faure Gnassingbé au Togo et Alpha Condé en Guinée, lors des présidentielles de 2010. L’enquête du parquet national financier (PNF) établit en effet qu’Euro RSCG a fourni des prestations à Gnassingbé à un prix sous-évalué : 100 000 euros, le solde (300 000 euros) ayant été facturé à SDV, autre filiale du groupe. Le groupe Bolloré s’est vu « récompensé » par une extension de la durée de la concession du port de Lomé. L’enquête montre une opération quasi identique en Guinée au profit de Condé qui, élu, confiait la concession du port de Conakry à la multinationale.
En 2021, Bolloré avait reconnu les faits, espérant ainsi éviter un procès. Contre l’abandon des poursuites, il avait réglé une amende de 12 millions d’euros dans le cadre d’une convention judiciaire d’intérêt public, puis négocié avec le PNF une amende de 375 000 euros dans le cadre d’une procédure de plaider-coupable. Sauf que, patatras, une juge, estimant la peine trop clémente, a refusé d’homologuer l’accord avec le PNF, renvoyant le dossier à l’instruction. Le procès est fixé en décembre. Le milliardaire d’extrême droite risque jusqu’à dix ans de prison.