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Relooker la Françafrique ?

(mis en ligne le 30 avril 2026) - Benoît Godin

Les 11 et 12 mai doit se tenir un sommet France-Afrique (prétendument) new look. Exit la « société civile » mise en avant en 2021 : le rendez-vous, qui réunit le président de la République française et les chefs d’État et de gouvernement africains, sera cette fois officiellement tourné vers les seules questions économiques, comme l’indique son intitulé, modèle de jargon entrepreneurial – « Africa Forward : des partenariats entre l’Afrique et la France pour l’innovation et la croissance ». De plus, il se tiendra à Nairobi, capitale du Kenya. C’est la première fois qu’un tel sommet est accueilli (et « co-présidé ») par un pays d’Afrique anglophone.

Une « illustration de la volonté de Paris de diversifier ses partenariats sur ce continent au-delà de son pré carré francophone » (Le Monde, 25/09/2025). Mais également une ixième tentative de faire croire à une normalisation des relations entre la France et les pays africains. L’Élysée veut ainsi y voir la preuve de «  partenariats Afrique-France à la fois robustes et équilibrés » , en soutien « du développement économique de chacun » et « au service des populations » (communiqué du 17/03). La fin de la Françafrique en somme. On commence (hélas) à connaître la chanson par cœur.

En réalité, les tentatives d’extension de la politique africaine de la France hors d’Afrique francophone, c’est-à-dire hors de son ancien empire africain, n’ont rien de bien nouveau. Il suffit pour s’en convaincre de se souvenir de l’influence tricolore, des années 1970 à 1990, sur deux anciennes colonies belges, le Zaïre de Mobutu (aujourd’hui République démocratique du Congo) et le Rwanda d’Habyarimana. Deux exemples emblématiques des ravages des politiques françafricaines.

Surtout, l’aspect militaire, mis de côté dans le plan de communication de ce sommet 2026, n’est jamais bien loin. Le Kenya et la France ont ainsi signé en octobre 2025 un accord bilatéral de coopération en matière de défense. Un texte, ratifié par le parlement kenyan le 10 avril, qui porte entre autres sur le « partage de renseignements », la « sécurité maritime », le « maintien de la paix »… et un soupçon d’« aide humanitaire » pour faire bonne figure.

Le Kenya n’est pas un cas isolé. La France n’a ainsi cessé de renforcer ces dernières années sa coopération militaire avec une autre ancienne colonie britannique, le Nigeria, confronté à la menace de groupes djihadistes et à une explosion du « banditisme » (TV5 monde, 9/12/2025). Son président Bola Tinubu, a d’ailleurs annoncé un nouvel accord avec Paris le 22 mars. On peut mentionner également la signature en 2019 d’un accord de coopération militaire entre la France et l’Éthiopie, accord finalement gelé deux ans plus tard en raison de la guerre au Tigré.

Quoi qu’il en soit, cette diversification des partenaires n’efface pas la volonté sans cesse réaffirmée de la France de s’ingérer dans les pays de son traditionnel « pré carré » (en tout cas, ceux dont elle ne s’est pas fait chasser). Que ce soit par le biais de relations de proximité avec certains chefs d’État – Alassane Ouattara en Côte d’Ivoire, Patrice Talon (sur le départ) au Bénin… – ou par des interventions militaires directes – comme au Bénin ou à Madagascar très récemment.

Au final, la France fait aujourd’hui en Afrique ce qu’elle a toujours fait : chercher de nouveaux points d’appui de sa politique impérialiste, y compris sur le terrain militaire, tout en maintenant son emprise, partout où elle le peut, sur ses anciennes colonies. Une réalité qu’une vague opération de relooking – une de plus – ne suffira pas à masquer.

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