
Lorsqu’Emmanuel Macron se rend en Afrique, on n’est jamais déçu : une énormité condescendante par-ci, une petite blague raciste par-là, on sait qu’il va se lâcher. « Plusieurs fois, je l’ai vu partir sur ce continent éprouvé, et en revenir regonflé », se souvient Franck Paris, son ancien « Monsieur Afrique » (Le Monde, 11/05). Il faut croire que ça le soulage. Son déplacement au Kenya du 10 au 13 mai pour le sommet « Africa Forwards », nouveau label des sommets Afrique-France, n’a pas fait exception – on n’en attendait pas moins pour ce qui représentait son « testament africain », dixit de concert Le Figaro (11/05) et Le Monde (15/05).
Dès le premier jour, le chef de l’État a raillé le Mali pour n’avoir pas pris « la meilleure décision » en chassant l’armée française, s’exclamant : « Comme on dit en bon français, no offense ». Une sortie aussi ridicule qu’hypocrite, tant il paraît évident que la France l’a toujours mauvaise d’avoir été ainsi malmenée au Sahel… et n’a peut-être pas rien à voir avec les déboires actuels du régime malien (lire notre article ici). Le lendemain, le président français a interrompu une table ronde à l’université de Nairobi pour « mettre de l’ordre ». « Hey ! Hey ! Hey ! » a-t-il lancé en s’invitant sur scène, avant de réprimander l’assistance, jugée trop bruyante, comme un maître d’école le ferait auprès d’enfants dissipés. Vous avez dit paternaliste ?
Mieux encore, il n’a pas hésité à lâcher devant la presse : « Nous sommes les vrais panafricanistes ! » La raison : « Nous voyons l’Afrique comme un continent ». Exit les Nkrumah, Um Nyobè ou autres Sankara, place à la profondeur de vue d’Emmanuel Macron qui ne s’est pas privé, dans plusieurs interviews, d’expliquer aux Africain⋅e⋅s la meilleure manière de se développer.
Sans doute le président français voit-il un continent, pas juste un « pré carré », mais il ne voit surtout qu’un gigantesque marché en développement à soumettre à l’appétit des intérêts privés. On nous a assez rabâché la spécificité de ce nouveau sommet : plus de grand-messe sur les crises régionales ou les problèmes sécuritaires (ça rappelle visiblement de mauvais souvenirs), mais « une “coalition” inédite de la crème des patrons français et africains » (Le Nouvel 0bs, 11/05) pour parler business sous la houlette du chef de la « start-up nation ». Et bien sûr à la clé quelques annonces en milliards d’euros d’investissements, sans lesquelles un sommet consacré à l’Afrique n’est jamais tout à fait réussi.
Sans surprise, la plupart des médias hexagonaux ont bien sagement repris les éléments de communication, pourtant éculés, sur la « normalisation » des relations entre France et Afrique et la mise en place d’un « partenariat équilibré ». Comme si les manœuvres du pouvoir français pour favoriser l’implantation des entreprises tricolores et nouer de nouvelles alliances en Afrique anglophone pouvaient signifier le moins du monde l’abandon de ce qui reste des leviers d’influence et d’ingérence française en Afrique francophone. Pas plus que le chef de l’État, ils ne voient non plus où est le problème dans la perpétuation d’un sommet qui s’obstine à mettre face à face le dirigeant d’un petit pays européen et ceux d’un continent entier.
Avant son départ de Nairobi, dans un entretien accordé à TV5 Monde, France 24 et RFI (leviers de l’influence française), Macron n’aura pas manqué de minimiser les contestations de sa politique françafricaine, les imputant à « certains activistes qu’on écoute parfois beaucoup » et « d’autres puissances, qui sont les vrais colonisateurs du XXIe siècle et qui sont les Russes et d’autres ». « Il n’y a pas de raison de ne pas aimer la France aujourd’hui », a-t-il même osé. Ciao l’artiste !