Survie

Thiaroye : une condamnation, enfin

(mis en ligne le 7 juin 2026) - Décolonisons, le journal

Le 27 mars, le tribunal administratif de Paris a rendu une décision qui fera date : il a condamné l’État pour avoir dissimulé les circonstances du décès d’un soldat africain, M’Bap Senghor, mort lors du massacre commis par l’armée française le 1er décembre 1944 à Thiaroye. L’affaire était portée en justice par son fils, Biram Senghor, qui recevra 10 000 euros pour le préjudice moral – nous avions publié son portrait en 2024 (Billets d’Afrique n°342).

La décision rendue ne lui est que partiellement favorable : le tribunal ne condamne pas la France au titre du décès lui-même, les faits étant prescrits. En revanche, il souligne dans un communiqué que « les autorités françaises ont dans les années qui ont suivi le décès du père du requérant, délivré plusieurs informations erronées à sa famille, en indiquant qu’il avait été déserteur, que sa solde lui avait été intégralement versée et que les tirs des soldats français étaient une réaction proportionnée à la situation à laquelle ils faisaient face. Si elles ont depuis reconnu que ces informations ne correspondaient pas à la vérité historique […], elles n’ont pas mis en œuvre tous les moyens qui étaient à leur disposition pour faire la lumière sur les circonstances précises de sa mort ainsi que sur son lieu de sépulture.  »

On pourrait retourner cet argument contre l’institution judiciaire dans son ensemble : sur ce dossier, et depuis une décennie, elle rend presque systématiquement des décisions favorables à l’État, reprenant à son compte le récit falsificateur d’une répression armée. Met-elle donc en œuvre tous les moyens à sa disposition pour dire le droit sur ce crime de masse prémédité ?

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