
400 ans, ça se fête ! Pour son anniversaire, la Marine nationale s’est offert, avant de rétropédaler devant la polémique, la publication sur ses comptes Instagram et Facebook d’affiches de propagandes pétainistes. Une invitation formulée en 1942, par le régime de Vichy, à devenir marin pour « garder l’Empire que nos ancêtres ont bâti », accompagnée de « trois portraits de profil typiques de l’iconographie coloniale, censés alors représenter les “trois races” (africaine, asiatique et maghrébine) de l’empire » (Libération, 01/06). Un accident ? Plutôt une revendication assumée de la violence coloniale et raciste qui façonne jusqu’à aujourd’hui les institutions françaises.
Malgré la tentative désespérée de Macron d’acter la fin du « pré carré » français en Afrique à Nairobi en mai, difficile de nier que la fierté impériale reste la norme bien au-delà du référentiel vichyste. Rebaptisée « puissance française » dans le débat public, elle normalise les politiques (néo)coloniales en les dissociant de leurs fondements : dépossession, exploitation et empoisonnement des corps et des terres. Loin d’être des anecdotes du passé, ces violences d’État et leurs conséquences structurent concrètement le présent.
Une continuité coloniale matérialisée par l’actualité institutionnelle de juin 2026. La cour d’appel de Paris a confirmé, le 22 juin, le non-lieu dans le scandale du chlordécone, pesticide utilisé dans les Antilles de 1972 à 1993 et ayant contaminé tous les écosystèmes antillais. Dix jours plus tôt, le Parlement votait une loi « visant à reconnaître la responsabilité de l’État et à indemniser les victimes du chlordécone » aux Antilles, mais uniquement pour les maladies fixées par décret, à savoir les cancers de la prostate, la maladie de Parkinson et les lymphomes non hodgkiniens – pas les femmes atteintes de cancer du sein donc. En parallèle, un autre cas de colonialisme chimique était examiné par la Cour de cassation, via le recours de Tran To Nga, 84 ans, qui poursuit les multinationales qui ont fabriqué l’agent orange qui l’a empoisonnée, elle comme des millions de Vietnamien·e·s (Reporterre, 15/06). Décision attendue le 16 septembre.
Une petite lueur d’espoir dans cette mascarade d’État de droit : plus de 40 ans après les faits, les parlementaires français ont approuvé à l’unanimité une loi de réparation pour les plus de 2 000 enfants réunionnais·e·s déporté·e·s dans l’Hexagone entre 1962 et 1984 et ayant subi « des changements d’état civil brutaux, voire des maltraitances ou des humiliations à l’origine de profonds traumatismes pour ces enfants initialement placés au sein de l’Aide sociale à l’enfance » (Le Monde, 17/06).
Les quelques avancées, arrachées par des décennies de lutte des victimes et de leurs soutiens qui osent défier la norme de déshumanisation des personnes non blanches, sont vécues avec effroi par celles et ceux privilégié·e·s par le statu quo. Les empires médiatiques, celui de Bolloré en tête, accentuent ainsi leur offensive pour sauver l’hégémonie des hiérarchies coloniales, raciales et sociales. Une panique identitaire parfaitement résumée sur Cnews, chaîne du milliardaire suprémaciste susmentionné : « On a perdu le Mali, et on a Monsieur Bagayoko en échange. […] Vous avez un maire malien à Saint-Denis » (voir le communiqué de Survie, 04/06).
Alors que démarre la campagne pour l’élection présidentielle de 2027, lutter contre les représentations racistes qui sont au cœur des politiques de domination à l’intérieur, aux frontières et à l’extérieur du territoire français est plus qu’une exigence mémorielle. C’est une nécessité existentielle pour faire face à la menace tangible d’une prise de pouvoir fasciste.