Survie

Reconnaître pour mieux verrouiller

(mis en ligne le 24 août 2026)

Le discours d’Emmanuel Macron le 2 juin à Paris sur les quais de Seine pour l’inauguration du mémorial en hommage aux victimes du génocide des Tutsi·e·s au Rwanda en 1994, montre à nouveau son habileté politique. Face au président rwandais Paul Kagame et à des personnalités comme l’auteur Gaël Faye et l’historien Marcel Kabanda, le chef de l’État a répété, sans rien y ajouter, son discours de Kigali de 2021. Derrière la mention des responsabilités de l’État français, c’est bien un verrouillage qui est à l’œuvre : toujours aucune excuse, ni reconnaissance de complicité.

Macron évite de revenir sur les aspects les plus controversés : l’engagement militaire contre le FPR de 1990 à 1993, les évacuations sélectives de l’opération Amaryllis, l’abandon des Tutsi·e·s de Bisesero, l’exfiltration du gouvernement génocidaire au Zaïre à l’été 1994. Malgré la volonté affichée de lutte contre l’impunité, les procès qui se tiennent en France concernent uniquement des Rwandais, tandis que l’éventuelle responsabilité pénale d’acteurs français reste inenvisageable judiciairement. Or les responsabilités françaises au Rwanda ne relèvent ni d’un simple aveuglement, ni d’une exception historique. La chaîne de commandement, jusqu’au plus haut sommet de l’État, a parfaitement fonctionné, avec de lourdes conséquences en 1994 – comme depuis dans de nombreuses interventions en Afrique. Une pleine clarification reste nécessaire.

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