Survie

France/Gabon : un « partenariat » toujours déséquilibré

(mis en ligne le 1er septembre 2026) - Raphaël Granvaud

Base militaire et minerai étaient au menu de la réception officielle du président gabonais à l’Élysée cet été.

Emmanuel Macron a reçu son homologue gabonais, Brice Oligui Nguema, en visite officielle le 20 juillet dernier. Deux sujets principaux occupaient l’ordre du jour : le devenir de la base militaire française et l’exploitation du manganèse par l’entreprise minière Eramet. La première question ne devait pas susciter de tensions particulières : comme en Côte d’Ivoire, la propriété foncière de la base militaire, dont les effectifs ont été réduits à une centaine de têtes, va être rétrocédée au Gabon et le dispositif sera cogéré. Cela répond au souci de la France de conserver une emprise militaire plus discrète, tout en gardant la possibilité de « monter en puissance », et de poursuivre sa coopération militaire, outil d’influence confirmé. Cette présence maintenue confirme l’alliance ancienne entre les autorités gabonaises et le pouvoir français.

Mais le président Oligui Nguema a également justifié sa conquête du pouvoir par une promesse de rupture avec l’ère dynastique du clan Bongo, dont il est issu, et d’une réappropriation des richesses du pays. Le gouvernement gabonais a par exemple racheté au prix fort Assala Energy, la deuxième entreprise pétrolière du pays (derrière le français Perenco) ; puis renationalisé la Société nationale des bois du Gabon (SNBG), et pris des participations au capital de différentes entreprises. Il a enfin annoncé son intention de rebattre les cartes concernant l’exploitation du manganèse dans le pays.

Un premier pas… peut-être

Celui-ci est extrait par la Comilog, dont l’État gabonais ne détient que 29 %. Le reste est détenu par l’entreprise française Eramet. Le capital de la filiale Comilog, pépite du groupe Eramet, resterait inchangé, mais le Gabon a annoncé son intention de prendre des actions de la maison-mère afin de participer aux choix stratégiques. Il a surtout exigé que le minerai extrait au Gabon soit désormais valorisé dans le pays, alors qu’il était jusque-là vendu et exporté brut notamment à la Chine et à l’Inde. « À partir du 1er janvier 2029, le manganèse gabonais ne sortira plus du Gabon sans avoir été transformé localement », a ainsi affirmé le porte-parole de la présidence gabonaise (Jeune Afrique, 18/07/2026).

En réalité, le Gabon demandait la transformation de 2 millions de tonnes sur les 5 millions produites annuellement. Mais le protocole d’accord finalement signé à l’Élysée ne mentionne plus que 700 000 tonnes transformées à partir de 2031, et non 2029. Même tardif et limité, ce serait certes un premier pas… s’il voit le jour. Eramet a en effet rappelé que le projet est subordonné à la fourniture par le Gabon d’une « énergie compétitive », ce qui suppose une réforme importante du secteur énergétique au Gabon, où la population subit de fréquents délestages d’électricité. En outre, la famille Duval, actionnaire majoritaire d’Eramet avec 37 % du capital devant l’État français (27%), a laissé planer le doute sur la vente de ses parts, ouvrant une période d’incertitude.

Enfin, le Gabon reste dépendant de « l’aide » française : l’Agence française de développement (AFD) a en effet consenti un prêt de 173 millions d’euros pour permettre à l’État gabonais de rénover la ligne ferroviaire servant à transporter le manganèse, laquelle est exploitée par la Setrag, une autre société d’Eramet…

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