
L’affaire Bouaké relancé ?
Le 6 novembre 2004, le bombardement par l’aviation ivoirienne du camp militaire français de Bouaké,
dans le centre de la Côte d’Ivoire, avait fait dix morts et 38 blessés. La riposte française fût d’une
étonnante rapidité : dans les quinze minutes suivantes, les avions responsables étaient détruits par un
commando sur l’aéroport de Yamoussoukro, le reste de l’aviation ivoirienne étant neutralisé dans les sept
heures (Billets d’Afrique, 12/2024).
Ce 1er septembre, des survivants et familles de victimes du bombardement ont porté plainte devant le
tribunal judiciaire de Paris contre Robert Montoya. Cet ancien gendarme de la défunte cellule
antiterroriste de l’Élysée s’est installé au Togo dans les années 1990, créant des sociétés de sécurité et de
conseil. Dans les années 2000, il a servi d’intermédiaire entre la Biélorussie et la Côte d’Ivoire, permettant
à cette dernière d’obtenir des avions Sukhoi, utilisés pour le bombardement, et leurs pilotes. Ces
mercenaires biélorusses ont été arrêtés le 16 novembre 2004 au Togo, après avoir passé la frontière, où les
attendait... la secrétaire de Montoya. Le gouvernement togolais s’était alors déclaré prêt à livrer les
suspects à la France, qui a inexplicablement refusé.
Cette nouvelle plainte a pour objectif de lever les zones d’ombre laissées par le procès de 2021 : identifier
les donneurs d’ordre au niveau ivoirien, déterminer les complicités qui ont permis l’exfiltration des pilotes
et analyser les liens entre Motoya et l’État français, dont les principaux représentants ont clairement fait
obstruction à la vérité.