
La mobilisation de la génération Z (ou Gen Z) à Madagascar vient de connaître un dénouement que l’on espère heureux, mais en partie contrarié par la France. Depuis plusieurs semaines, et malgré une violente répression (22 morts, des dizaines de blessés), la jeunesse malgache se mobilisait contre un régime de corruption généralisée incapable d’assurer les services essentiels qu’il doit à sa population. Le 11 octobre, un corps de l’armée (le Capsat) a fait défection, refusant de tirer sur les manifestant·e·s. Bientôt rejoints par le reste de l’armée, leurs officiers ont imposé un nouveau chef d’état-major et pris le pouvoir, qu’ils ont promis de rendre rapidement aux civils. À voir.
Entre-temps, le président Andry Rajoelina, dont la Gen Z réclamait la démission, a disparu des écrans radars. Et pour cause : renouant avec une vieille tradition françafricaine, l’armée française l’avait précipitamment exfiltré du pays, révélait RFI (13/10/2025) : « Un accord de président à président aurait permis cette exfiltration. » Avant de s’enfuir, le président déchu signait un décret accordant une grâce présidentielle à huit prisonniers, parmi lesquels un Français et un Franco-Malgache…
Non seulement Rajoelina n’aura pas de compte à rendre, mais il peut, grâce à la France, tenter de s’accrocher. Il a ainsi décrété la dissolution de l’Assemblée nationale pour éviter que celle-ci ne constate la vacance du pouvoir, et appelé à « respecter la Constitution ». Comme en écho, c’est la même consigne que le président français a cru devoir donner, prenant le parti de la répression contre ceux qui défendent leurs droits, appelant à ce que « l’ordre constitutionnel, la continuité institutionnelle, soient préservés à Madagascar parce qu’il y va de la stabilité du pays et des intérêts de la population ». « On regarde la jeunesse de ces pays avec beaucoup d’admiration, d’affection, a ajouté Macron, il ne faut simplement pas qu’elle soit récupérée par des factions militaires ou des ingérences étrangères ». Alors que la seule ingérence politico-militaire est aujourd’hui française, quelle plus belle leçon de cynisme, d’hypocrisie et de paternalisme ? Si l’exfiltration et la déclaration de Macron ont scandalisé les Malgaches, elle n’ont suscité aucune réaction politique en France. Évidemment, rien de nouveau sous le soleil.
Les « ingérences étrangères », que dénonçait aussi le pouvoir malgache pour discréditer les manifestant·e·s, c’est l’épouvantail commode brandi systématiquement lorsque des intérêts français sont menacés. Il faut dire que Rajoalina, parvenu au pouvoir une première fois avec l’aide de la France en 2009, naturalisé français en 2014, avait su tout à la fois ménager les entreprises françaises et, comme son homologue comorien au sujet de Mayotte, ne jamais dépasser le stade des déclarations de principes concernant la restitution des îles Éparses toujours fermement détenues par la France.
Exfiltration décidée secrètement par un président français lui-même en proie à une crise de régime : quelle meilleure illustration des prérogatives monarchiques attachées à une Ve République en bout de course, en même temps que de la persistance du néocolonialisme français. Il s’agit bien entendu de montrer aux autres dirigeants africains l’avantage qu’ils peuvent trouver à maintenir de bonnes relations avec l’Élysée, pour que l’armée française reste leur ultime garantie en cas de réveil des peuples.