Survie

Soirée "Cameroun : 40 ans après les massacres, le pillage continue" le 21 novembre à Paris

Publié le 21 novembre 2008

Rendez-vous le vendredi 21 novembre 2008 à 20h précises au FIAP de Paris (salle Bruxelles), 30 rue Cabanis, 14e, M° Saint-Jacques.

Avec Pius Njawé, journaliste militant pour les droit humains et la liberté de la presse au Cameroun, fondateur du journal Le Messager, emprisonné à plusieurs reprises, et un-e représentant-e de l’Union des Populations du Cameroun à Paris (sous-réserve Augusta Epanya)

20h Projection du film "Cameroun, autopsie d’une indépendance"

de Gaëlle Le Roy et Valérie Osouf, documentaire, 52 min, 2007, France 5 / Program 33, en présence de la réalisatrice Gaëlle Le Roy.

21h. Conférence-Débat : "Des massacres des années 50-60 à la dictature actuelle, le pillage continue"

Quel est le lien entre les massacres de population par l’armée française entre 1955 et 1970 et la présence des multinationales française au Cameroun ?

L’Etat Français a fabriqué et soutenu militairement puis diplomatiquement les régimes dictatoriaux de Ahidjo puis de Biya. Alors que les citoyens français connaissent la réalité terrifiante des violences de l’armée française en Algérie et cela malgré les amnisties, les massacres (néo)coloniaux au Cameroun sont restés un tabou.

Pourtant, l’écrivain camerounais Mongo Beti estimait que le nombre de morts se situait entre 60 000 et 400 000 morts pour la période allant de 1955 à 1970. L’armée française a utilisé le Napalm. L’impunité pour les crimes de la dictature a succédé logiquement à l’impunité des crimes coloniaux. Ensuite, les présidents français se sont suivis la politique française a peu changé.

Dans les années 90, les élections étaient truquées avec l’aide de spécialistes français. Aujourd’hui, la France est le 1er investisseur étranger (hors investissements pétrolier) avec 200 entreprises : dans le bois (Rougier), les banques et assurances, l’énergie (Total), l’alimentaire, les transports (Bolloré), le BTP, ...

Quand Sarkozy sert la main du dictateur, son ami Bolloré, lui, accorde la une de son journal Matin Plus. Six mois plus tard, les émeutes font plusieurs dizaines de morts. Au sein de la Françafrique, Diplomatie, Business et Dictature continuent de priver les Camerounais de leur liberté et de leurs richesses. Survie dénonce la politique de l’Etat français au Cameroun et accueille un militant pour les droit humains et la liberté de la presse au Cameroun, l’Union des Populations du Cameroun, rt la réalisatrice Gaëlle Le Roy.

-  Au FIAP (salle Bruxelles), 30 rue Cabanis, 14e, M° Saint-Jacques

Pour préparer cette soirée sur la question de la diplomatie Business de la France, nous vous invitons à découvrir les fiches du dossier Diplomatie, Business et Dictatures. L’Afrique prise au piège françafricain avec les fiches Cameroun, Rougier,...


Une seconde soirée consacré au Cameroun aura lieu à Bagnolet le 27 novembre, organisé par les Indigènes de la République (Plus de détails et programme complet à venir prochainement)


L’auteur de cet article, est journaliste. Il a été condamné le 13 janvier 1998 à DEUX ANS de prison ferme pour avoir écrit dans le journal qu’il dirige, le Messager, que le président du Cameroun Pauf Biya avait eu un malaise cardiaque lors d’une finale de coupe de football. En prison, Njawé continue son travail : informer.

CAMEROUN

Tous prisonniers

« Je prenais tranquillement de l’air devant mon domicile vendredi dernier, portant dans mes bras mon bébé de 3 mois lorsque deux individus ont surgi et m’ont demandé si fêtais le nommé Mbock. J’ai dit non en donnant mon propre nom, ils ne m’ont pas cru et ont tenté sans succès de m’arracher le bébé et de m’obliger à suivre, indiquant qu’ils sont de la police. Devant mon entêtement, l’un a sorti une arme et m’a filé deux balles dans la jambe gauche. Je me suis écroulé avec le bébé ; c’est alors qu’ils m’ont jeté derrière un taxi et m’ont conduit à la police où j’ai appris plus tard que j’appartiens à un gang de malfaiteurs et que je m’appelais Mbock. J’ai été ensuite déféré au Parquet avec d’autres personnes que je ne connais pas ; nous avons été inculpés de vols aggravés et nos mandats de dépôt ont aussitôt été signés. »

Couché dans la cour du "quartier Régime" à la prison centrale de Douala où il a été écroué la veille, le jeune homme qui me raconte cette histoire a encore la voix tremblotante de peur. Ce qu’il ignore certainement, et qui le consolerait sans doute c’est qu’il ne constitue pas l’unique cas d’injustice ou de "bavure" policière ou judiciaire dans ce pénitencier où grouillent quelques 1 500 détenus dont les deux tiers sont encore prévenus. Par exemple, je partage la cellule avec une centaine de prisonniers dont le jeune Agbor Alphonse.

Le 7 septembre 1993, il se rend dans un commissariat de police pour porter à manger à son frère qui y est détenu. Après s’être présenté à l’inspecteur de service, un certain Kayina, sa carte d’identité lui est retirée et on lui donne un autre nom : Dandjouma. La porte de la cellule s’ouvre et on l’y jette comme un malfrat alors qu’il est technicien d’imprimerie comme l’atteste d’ailleurs son frère aine. « Je suis d’origine beyangui, comment peut-on me donner le nom d’un Nordiste ? » proteste-t-il, mais rien à faire.

Il est déféré devant le juge et condamné à ...15 ans de prison ferme pour vol. « Ils ont fait leur procès et m’ont condamné », raconte Alphonse qui, cinq ans après n’en revient pas encore. « Devant la barre, tous mes coaccusés ont témoigné que je n’étais pas de leur bande, mais j’ai quand même été condamné ; je ne sais pas s’il est interdit d’aller rendre visite à un frère ou à un ami dans un commissariat »… Alphonse Agbor attend depuis cinq ans que son cas soit réexaminé suite à l’appel qu’il avait interjeté aussitôt après sa condamnation. On peut recenser par milliers, les cas de "bavures", d’injustice ou de règlement de compte qui chaque jour, ouvrent à des innocents les portes des prisons camerounaises. Ce qui s’explique aisément dans un pays où les libertés individuelles et collectives restent des mots creux, où les droits élémentaires du citoyen sont bafoués impunément par l’autorité publique elle-même, et où la justice refuse d’exercer son rôle de régulateur indépendant au sein de la société. Favorisé en cela par un système judiciaire où le laxisme, la corruption, le trafic d’influence, la soumission (vis-à-vis de l’exécutif), etc. sont désormais la règle et non l’exception.

Les commissariats de police et les palais de justice sont devenus des centres commerciaux où se marchandent nos libertés. A coup de CFA. D’innocents citoyens se retrouvent ainsi derrière les barreaux en lieu et place de dangereux malfaiteurs à la solde de nos braves commissaires de police et des magistrats de la République, qui leur assurent une protection scandaleuse. Ceux qui sont quand même obligés d’aller en prison y passent très peu de temps ; ils bénéficient aussitôt de la liberté provisoire, s’ils ne "s’évadent" pas avec la bénédiction (désintéressée) de leurs geôliers. Ce qui fait dire ici que la prison, c’est pour les pauvres et les radins.

Le plus dramatique, c’est que cela se passe au vu et au su de tous, et dans l’indifférence la plus totale. Dans un mutisme suspect qui rend complice chaque composante de la société, à commencer par la société civile, les intellectuels et les Églises qui doivent initier des actions de protestation contre ces pratiques inhumaines et immorales qui font de tout un peuple des prisonniers potentiels. Et prisonniers dans leur conscience. Il est vrai que nous sommes déjà 13 millions de prisonniers détenus dans cette prison de 475 000 km2 qu’est désormais le Cameroun, avec comme régisseurs et intendants des prébendiers sans foi ni loi, jouisseurs impénitents et égoïstes du patrimoine national. Mais tout de même ! Devrait-on continuer à laisser faire ?

PlUS NJAWÉ
Prison centrale de Douala, 4 février 1998

Source BASTA ! Journal de marche zapatiste
N°5 • JUIN-JUILLET 1998 • 5 FF • 30 FB
En 2008, retrouvez Basta ! sur http://azls.blogspot.com


Renseignements

http://www.survie-paris.org/agenda-survie-paris/article/ven-21-nov-20h-soiree-cameroun-40

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