Survie

Pius Njawe, journaliste camerounais, en tournée en France avec Survie du 19 au 28 novembre 2008

Publié le 14 novembre 2008

Dans le cadre de la Semaine de la Solidarité Internationale (SSI) et de la mobilisation de Survie sur le thème "Diplomatie, Business et Dictatures", Survie invite le journaliste camerounais Pius Njawe pour une tournée en France.

Dans un pays miné par la corruption (141ème rang selon l’indice de Transparency International), Pius Njawé est un journaliste dont la résistance à l’oppression de Paul Biya est exemplaire. Tentatives de corruption ou d’étranglement financier, censure, interdiction, menaces, brutalités, emprisonnement, tentatives d’assassinat en série, rien n’arrête le fondateur et directeur du journal Le Messager créé en 1979. Il a été lauréat du Prix de la libre expression en 1991 et de la plume d’or de la liberté en 1993.

Pius Njawé interviendra à Lille, Nantes, Paris, Montpellier, Avignon, Annemasse (74), Grenoble et Lyon du 19 au 28 novembre pour présenter le Cameroun, pays symbole de la Françafrique et de la Mafiafrique, ainsi que les mobilisations locales contre le pillage des ressources du pays.

Pius Njawé, la liberté pour credo

« Monsieur Njawé, même si le président de la République est malade, vous devez écrire qu’il est en parfaite santé ! » Leçon magistrale de journalisme de l’Avocat général près de la cour d’appel de la province du Littoral au cours d’un des procès du directeur de publication du quotidien Le Messager. Quelques mois plus tôt, Pius Njawé avait osé s’interroger sur l’état de santé du président Biya à la suite d’un malaise dont il avait été victime alors qu’il présidait la finale de la coupe de football du Cameroun. Un crime de lèse majesté. Le 13 janvier 1998, il est condamné à 24 mois d’emprisonnement ferme et mis aux fers dans la célèbre prison de New-Bell à Douala. L’enfer, la Bastille sous les tropiques. Il partage sa cellule avec plus de 150 codétenus, presque tous des malfrats. Témoignage.

« Être privé de sa famille, de ses collègues et des gens qu’on aime est un véritable calvaire ; et les larmes que vos pauvres yeux peuvent lâcher au détour d’un regard témoignent moins du fait d’être derrière les barreaux, que des peines et des souffrances que votre absence peut provoquer de part et d’autre. Mes larmes, je les versais dans les bras de Jane, ma défunte épouse, ou dans ceux de mes enfants, en voyant toutes ces souffrances qu’ils devaient endurer pour me rendre visite en prison ; comme si mon absence à leurs côtés ne suffisait pas à mes bourreaux pour leur épargner ces autres souffrances. Je n’avais pas pu faire l’économie de mes larmes lorsque Jane accoucha d’un mort-né le 9 janvier 1998 (à quatre jours de mon procès), à la suite des violences physiques exercées sur elle la veille alors qu’elle m’apportait à manger, par des gardiens de prison qui n’avaient pas eu pitié de cette grossesse à terme qu’elle portait ».

En dépit de toutes ces misères, celui qui a été arrêté 126 fois en 36 années de carrière refuse de se taire. Dans son cachot, il publie Le Bloc-notes du bagnard, malgré les menaces répétées des sbires de l’autocratie locale. Pius Njawé a la liberté de la presse pour credo et le journalisme pour religion. Il a attrapé le virus à l’âge de 15 ans alors qu’il était garçon de course à Semences africaines, un journal de Yaoundé, la capitale du Cameroun. Les arrestations, le harcèlement, la prison et autres formes d’intimidations ont fini d’asseoir ses convictions : « Je sais par expérience que c’est quand il est sur la bonne piste que le bon journaliste est persécuté ; alors il doit persévérer ». Quand il ne porte pas la plume dans les multiples plaies purulentes du régime septicémique du président Biya, au pouvoir depuis 1982, il parcourt le monde avec persévérance pour porter ce message d’espoir : « Il n’y a pas meilleure arme que le verbe, pour rétablir la paix et le justice entre les hommes, tout dépendant de l’utilisation qu’on en fait ».

Programme de sa tournée du 19 au 28 novembre :

Lille le mercredi 19 novembre

- Conférence "l’Afrique des clichés et les médias" avec David Eloy, rédacteur en chef de la revue Altermondes, Sayouba Traoré journaliste et poète-écrivain, auteur de les Moustaches du chat, Loin de mon village c’est la brousse et Pius Njawé

Nantes le jeudi 20 Novembre

- Conférence "Les intérêts économiques français au Cameroun : un objectif à tout prix ?"

Paris le vendredi 21 novembre

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Soirée Cameroun : 40 ans après les massacres, le pillage continue

  • 20h Projection du film Cameroun, autopsie d’une indépendance de Gaëlle Le Roy et Valérie Osouf, documentaire, 52 min, 2007, France 5 / Program 33, en présence de la réalisatrice Gaëlle Le Roy.
  • 21h. Conférence-débat : "Des massacres des années 50-60 à la dictature actuelle, le pillage continue" avec Pius Njawe

Montpellier le samedi 22 novembre

- Forum Nord Sud. Des sociétés civiles en luttes et en résistances à partir de 14h. A 17h table Ronde "Luttes et résistances : les actions des sociétés civiles en Afrique" en présence de Benjamin Moutsila de la Fédération des Congolais de la Diaspora (Congo Brazzaville) et de Pius Njawé

Avignon le lundi 24 novembre

- Conférence débat "Cameroun et Françafrique : paroles d’un résistant"

Annemasse le mardi 25 novembre

- Conférence-débat "Business Dictatures"sur la situation et la liberté de la presse au Cameroun et la politique de la France

Grenoble le mercredi 26 novembre

- Conférence débat "Cameroun et Françafrique : paroles d’un résistant"

Lyon le jeudi 27 novembre

- Conférence débat "Dictature et résistances au Cameroun"

Téléchargez le dossier de presse


Plus d’informations

Présentation du dossier "Diplomatie, Business et Dictatures" de Survie

Lire le courrier de Pius Njawe adressé à Survie en 2003

Lire un portrait de Pius Njawe dans Ouest France (juin 2006)

Site du messager

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