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La Tourmente du peuple togolais / Décompte des voix du 24 Avril

Publié le 18 mai 2005 - Survie

La Tourmente du peuple togolais

Le vendredi 13 de la Ligue togolaise des droits de l’Homme

Communiqué de Survie, le 18 Mai 2005

- Le vendredi 13 mai, la Ligue togolaise des droits de l’Homme (LTDH) a rendu public son nouveau bilan des victimes du pouvoir ayant hérité de la dictature togolaise durant les 3 mois qui ont suivi la mort de Gnassingbé Eyadéma. Elle en évalue désormais le nombre à 811 morts et à 4 508 blessés. La Ligue a été empêchée de tenir une conférence de presse à Lomé à l’occasion de cette annonce par l’irruption dans ses locaux de nombreux miliciens partisans de Faure Gnassingbé, déclaré « vainqueur » d’une mascarade électorale dont nul n’ignore plus qu’elle est le produit d’une fraude massive. [Cf. ci-dessous , une démonstration que le résultat réel est au-delà de 72,2 % pour le candidat de l’opposition (au lieu de 38 % annoncés), et le score du fils Eyadéma au maximum de 25,5 % (au lieu de 60 % annoncés)]. Pour démontrer son attachement aux droits de l’Homme, le nouveau « Président » togolais ne semble pas souhaiter aller jusqu’à permettre aux organisations qui les défendent de faire leur travail !

- Le vendredi 13 mai, la LTDH a adressé un courrier au ministre de la Défense constatant qu’à la suite de l’appel des autorités invitant les réfugiés togolais ayant fui au Bénin et au Ghana « à rentrer au pays en toute sécurité », certains ayant répondu à cet appel « ont été arrêtés arbitrairement ou ont dû reprendre le chemin de l’exil ». La LTDH signale que nombre de ces derniers étaient délégués de l’opposition dans les bureaux de vote lors de l’élection présidentielle. Elle poursuit en déplorant « la chasse à l’homme [qui] se poursuit sur toute l’étendue du territoire » et « l’irruption nocturne des gendarmes dans les maisons » … Elle termine en demandant au ministre de faire cesser ces exactions. Or, nous apprenons que la Ligue a reçu un appel téléphonique du ministre qualifiant le courrier qui lui a été adressé de diffamatoire.

À l’heure où le Parlement européen refuse de suivre l’exemple d’une communauté internationale prête à sacrifier le peuple togolais sur l’autel d’on ne sait quel calcul à la fois veule et cynique, et où l’Union européenne semble chercher son chemin devant ce scandale, ouvrons les yeux et appelons un chat un chat : Faure Gnassingbé ne préside qu’une bande de voleurs du droit d’un peuple à choisir ses dirigeants.

Pour se rapprocher des scores réels…

Les scores officiels, annoncés le 3 mai 2005 par le Conseil constitutionnel, et les falsifications calculées dans le rapport d’un diplomate de l’Union européenne (UE), révélé le 6 mai par RFI, permettent de se rapprocher des résultats réels du scrutin du 24 avril.

Selon ce rapport, « l’analyse des listes électorales fait apparaître un écart anormal entre le nombre d’inscrits et l’estimation de la population en âge de voter (+ 34 %) soit 900 000 électeurs présumés fictifs ». (La démographe Thérèse Locoh, directrice de recherche à l’INED, vient, dans une récente contribution non publiée, « Démographie, démocratie au Togo », de chiffrer cet écart à plus de 1 100 000.) Ces électeurs fictifs, créés par le pouvoir, ont bien entendu tous voté pour Faure Gnassingbé. Il faut déduire ce chiffre de son score officiel.

Sur Lomé-Commune et la Région maritime, le nombre officiel de votants est de 859 699 sur 1 676 733 inscrits, soit 51,3 %. Au Nord, le taux de participation officiel est de plus de 92 %. Compte tenu de la mobilisation très forte de l’électorat au Sud, on peut penser que l’abstention volontaire et effective n’a pas dépassé 20 %, et donc que 29,7 % des 1 676 733 inscrits de Lomé-Commune et la Région maritime, soit 497 990 électeurs, ont été dissuadés de voter ou zappés dans le décompte final des votes, effectué sous contrôle du régime dans un black out des télécommunications. Ces électeurs devaient être en très grande majorité favorables à Emmanuel Akitani Bob, plus que la moyenne relevée au Sud lors des décomptes qui ont pu être faits sous la surveillance d’observateurs impartiaux (80 % minimum en faveur d’Emmanuel Akitani Bob). Comptons 88,4 % au lieu de 80 %, 1,6 % pour les deux candidats mineurs et, généreusement, 10 % pour Faure Gnassingbé. Avec le pourcentage moyen de bulletins nuls.

D’autre part, dans trois préfectures du Sud (Lomé, AVE et Est-Mono) où la CENI (Commission électorale nationale indépendante, sic) avait annoncé le chiffre bas de 709 853, les résultats officiels n’en trouvent plus que 531 787. À ces 178 066 inscrits volatilisés, on peut appliquer le même traitement que précédemment.

Bien qu’il ne tienne pas compte des bourrages d’urnes et des nombreuses autres irrégularités constatées (notamment par la délégation de l’UE et les observateurs de la société civile togolaise ou européenne), le tableau ci-dessous à télécharger donne une idée plus proche d’un scrutin « conforme aux règles universellement admises » - selon l’appréciation honteuse portée par la CEDEAO sur le résultat de l’élection du 24 avril.

Emmanuel Akitani Bob obtient après ces redressements 72,2 % des suffrages contre 25,5 % à Faure Gnassingbé, et ceci sans tenir compte du bourrage des urnes et autres gonflements artificiels locaux du score du fils de Gnassingbé Eyadéma. Si l’on en tenait compte, on irait bien plutôt vers un rapport 80 % - 20 %. Les quatre cinquièmes de la population togolaise rejettent la dictature. C’est à des résultats analogues qu’on était arrivé en 1998 lors du raz-de-marée en faveur de Gilchrist Olympio contre Gnassingbé Eyadema, et à un rejet du même ordre en 2003 (avec cette fois deux candidats de l’opposition, Emmanuel Akitani Bob émergeant en tête des deux). C’est bien pourquoi, déjà en 1998 et en 2003, les militaires avaient confisqué le dépouillement des urnes et/ou le décompte des résultats.

Sans s’être livrés au même calcul, tous les diplomates de la planète savent au moins intuitivement que Faure Gnassingbé a été largement battu. Quand ils disent publiquement le contraire (essentiellement les Français et les Africains francophones), ils commettent une forfaiture à l’égard du peuple togolais, avec des conséquences en perte de vies humaines qui commencent à faire penser au putsch de Pinochet en 1973. Oseront-ils persister dans cette voie ?

Tableau du décompte des voix à l’élection présidentielle du 24 avril 2005
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