Survie

L’horreur qui nous prend au visage - L’Etat français et le génocide au Rwanda

Publié le février 2005 - Survie

Sous la direction de Laure Coret et François-Xavier Verschave
éditions Karthala, collection "Hommes et sociétés", janvier 2005, 32 €.

En 1994 s’accomplissait au Rwanda le dernier génocide du XXe siècle. En trois mois, un million d’hommes, de femmes, de vieillards et d’enfants étaient exterminés uniquement parce qu’ils étaient Tutsi. Il est vite apparu que la France était complice, de multiples manières. Elle a sciemment soutenu un régime raciste qui couvait l’idéologie et les forces du génocide, puis ces forces en train de commettre l’abomination, avant de favoriser leur repli et leurs préparatifs de « revanche ». Les voix qui dénonçaient en France ce sinistre scandale ont été vite étouffées par une chape de plomb politico-militaire et une désinformation incessante.

En 1998 cependant, les révélations du journaliste Patrick de Saint-Exupéry contraignaient une Mission d’information parlementaire à soulever le couvercle, mais pour conclure seulement à une « erreur » d’appréciation politique, en dépit du contenu même de son Rapport. Un ensemble d’associations et de citoyens a estimé ne pas pouvoir laisser dans un tel déni la commémoration des dix ans du génocide. Ils ont organisé, du 22 au 26 mars 2004, une Commission d’Enquête Citoyenne (CEC), appuyée par plus de huit mille signatures. Cette semaine intense de travaux et de débats est retranscrite dans le présent ouvrage : rapports, documents (pour certains inédits), paroles d’experts, de rescapés et de bourreaux se prolongent dans les échanges de la Commission.

Les membres de la CEC, même ceux qui connaissaient très bien le sujet, ont été saisis d’effroi et de dégoût devant ce qui ressort d’un tel faisceau de preuves et d’informations : leur pays est inextricablement mêlé à un génocide. Réfléchissant, décidant et agissant comme si ce génocide n’était qu’un phénomène collatéral d’une guerre civile, les responsables civils et militaires de la France ont favorisé de fait son accomplissement. Notre pays ne veut toujours pas le savoir, ni assumer ses responsabilités, ni demander des comptes à ses plus hauts dirigeants.

Au printemps 2004, la CEC n’a pas été seule à relever cette évidence. Désormais, il y a deux attitudes incompatibles. Certains continueront de considérer que la raison d’État doit protéger le nœud politico-militaire engagé dans un génocide, dans le sillage d’une doctrine qui a des accointances avec tous les fascismes. Pour d’autres, la mémoire des victimes rwandaises, les leçons de ce génocide après celui des Juifs où l’État français s’était déjà trouvé compromis, la prévention de futurs crimes de masse, en Afrique ou ailleurs, l’avenir de la démocratie en France, imposent de faire la vérité et d’y restaurer des contre-pouvoirs. La lecture de ce livre peut contribuer à accroître le nombre des citoyens qui refusent l’intolérable.


Table des matières

Présomptions de complicités militaires

Rapporteurs : Patrice Bouveret et François-Xavier Verschave, 22 mars 2004.

1. Complicités avec les tueurs
2. Méthodologie, forces spéciales et supplétifs
3. Continuation, après le 7 avril 1994, de l’alliance militaire antérieure
4. Les livraisons officielles d’armes
5. Les livraisons officieuses d’armes pendant le génocide et au-delà
6. Le cas Barril
7. Alliés de cœur ou de raison, la fraction pro-Hutu Power

Présomptions de complicités financières

Rapporteurs : François-Xavier Verschave, matinée du 24 mars 2004.

1. Les paiements par la Banque de France et de la BNP, jusqu’au 1er août 1994
2. La facture des achats d’armes aux Seychelles par le colonel Bagosora est passée par la BNP

Présomptions de complicités diplomatiques

Rapporteur : Sharon Courtoux après-midi du 24 mars 2004.

1. Constitution du GIR à l’ambassade de France à Kigali
2. Les autorités françaises reçoivent les dignitaires du GIR en train de commettre le génocide
3. Au nom de l’Élysée, Bruno Delaye
4. La France à l’ONU avec son allié rwandais

Idéologies et médias

Rapporteurs : Annie Faure et Yves Ternon, 25 mars 2004.

Le Figaro, Le Monde, Libération, La Croix, autres.
Les hebdomadaires.
Conclusions

L’opération turquoise

Rapporteur : Emmanuel Cattier, Matinée du 26 mars.

1. Les intentions réelles de Turquoise
2. L’habillage humanitaire
3. Bisesero, révélateur des contradictions et complicités initiales
4. Objecteurs et étouffeurs de conscience de l’opération Turquoise

Hiérarchie des responsabilités présumées complices

Rapporteur : François-Xavier Verschave après-midi du 26 mars 2004.

1. Hiérarchie militaire
2. Hiérarchie politique

Conférence de presse

après-midi du 26 mars 2004.

Annexes

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