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Darfour : De la souveraineté et du devoir de sauver les vivants

Publié le 1er juin 2006

Selon un chercheur particulièrement bien informé, l’accord de paix signé entre Khartoum et une partie des groupes rebelles du Darfour ne mettra pas un point final au conflit qui embrase la région, Tchad compris. Selon le même spécialiste, l’actuel semblant de partage du pouvoir entre le nord et le sud Soudan a peu de chances d’aboutir à la paix et au partage équitable des richesses du pays. À l’examen de la situation régionale, qui est un tout explosif, on ne peut, hélas, qu’en convenir.

De retour d’une visite au Soudan et au Tchad, le Secrétaire général adjoint aux Affaires humanitaires des Nations-Unies, Jan Egeland, après avoir prononcé quelques paroles encourageantes, a ajouté qu’il y avait quand même urgence car « il y a risque aussi d’entrer dans une spirale qui précipitera des millions de personnes au fond des abysses ». Les paroles encourageantes font partie des règles du métier, la suite de la réalité. Ni au Darfour ni au Tchad rien n’est réglé.

Le 16 mai, le Conseil de sécurité a adopté une résolution « donnant une semaine au gouvernement soudanais pour accepter une mission d’évaluation pour le déploiement d’une force des Nations-Unies dans le Darfour [1] en remplacement de l’actuelle force de l’Union Africaine » selon une dépêche du centre de nouvelles de l’ONU. En fait, l’article 3 de la résolution (n° 1679) demande que soit dépêchée une mission d’évaluation conjointe de l’UA et de l’ONU dans la semaine qui suivra l’adoption de la présente résolution. La résolution ne dit rien des sanctions qui pourraient être prises si la dite mission devait être empêchée. Le Soudan fait ce qu’il peut pour ralentir le processus avec un certain succès. Khartoum lambine depuis des mois, arguant à présent du principe de sa souveraineté en matière de décisions concernant ce qui pourrait se passer sur son sol. De mois en mois, on ne peut que constater que la « souveraineté » soudanaise est mieux respectée que le devoir de sauver les vivants. Le mot souverain s’applique à qui, dans son domaine, n’est subordonné à personne. Il y a encore du chemin à faire pour qu’il s’applique à ce qui n’est subordonné à personne : le devoir sus mentionné.

Évoquant la situation dans l’est du Tchad, Jan Egeland a souligné que les attaques menées en toute impunité contre les populations civiles étaient aussi graves qu’au Darfour et a exprimé sa crainte d’une dégradation de la situation en raison d’une totale absence d’autorité dans la région.

Sharon Courtoux

[1] Dont l’extension au Tchad s’impose !

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