Niger
Un avenir radieux et irradié
Alors que la rébellion touareg veut lancer la “bataille de l’uranium”, Areva vient de conclure un nouvel accord avec l’Etat nigérien.
Après la crise de cet été [1], les relations entre le Niger et le géant du nucléaire sont à nouveau au beau fixe. « On ne pouvait pas briser un partenariat historique et profondément sincère qui a su résister aux troubles des mauvais jours » a déclaré Anne Lauvergeon (Xinhua, 14 janvier 2008). Areva, qui jouissait jusqu’à présent d’une situation de monopole et de prix défiant toute concurrence, a accepté d’augmenter de 50% le prix d’achat du métal radioactif pendant les deux prochaines années. On aurait pourtant tort de s’inquiéter pour les intérêts de la multinationale.
D’abord parce que le prix d’achat reste très faible non seulement par rapport au prix du marché à court terme (« spot »), qui a pratiquement doublé ces deux dernières années et dont la hausse se poursuit, mais également inférieur de moitié à la moyenne des tarifs internationaux pratiqués dans le cadre de contrats d’achats à long terme. En outre, comme le rappelait récemment la présidente d’Areva lors de son audition devant la commission du livre blanc sur la Défense et la Sécurité nationale [2] : « Le coût de l’uranium rentrant pour 5% dans le coût du kilowatt-heure (KWH), vous pouvez avoir un doublement, un triplement, un quadruplement du coût de l’uranium, ça ne change pas les fondamentaux du coût du KWH nucléaire. »
Ce qui n’empêchera pas la hausse d’« être répercutée sur la facture payée en France par EDF » (Le Figaro, 14 janvier 2008) contrairement aux pronostics optimistes ou hypocrites de Mme Lauvergeon (Interview au Figaro, 15 janvier 2008).
Enfin, en contrepartie, Areva a obtenu une concession de quarante ans sur le site d’Imouraren destiné à devenir à partir de 2012 « le plus grand projet industriel minier jamais envisagé » dans ce pays, et la deuxième plus grande mine d’uranium au monde. Celle-ci doit lui permettre de faire face à la « très forte augmentation de la demande nucléaire à travers le monde » (idem), demande que s’empresse de satisfaire, comme chacun aura pu le constater ces dernières semaines, notre VRP-président en voyage en Algérie, en Égypte ou encore aux Émirats arabes unis.
Si les organisations réunies dans le groupe de réflexion et d’action sur les industries extractives au Niger [3] (GREN) ont apprécié positivement la signature d’un contrat moins léonin, elles rappellent toutefois que des questions continuent de se poser avec acuité. Des questions majeures comme les risques sanitaires et écologiques que l’exploitation de l’uranium par Areva fait peser sur les populations nigériennes, ou encore le contrôle citoyen sur l’utilisation des fonds nouveaux ainsi générés. Le Niger a beau être signataire de l’ITIE (Initiative sur la transparence des industries extractives), l’opacité reste la règle. Ainsi, ni Areva ni l’État nigérien n’ont souhaité divulguer le tonnage d’uranium concédé au Niger dans le cadre de ce nouvel accord pour une commercialisation directe sur les marchés internationaux.
Victor Sègre
Les « Oscars de la honte » décernés à Davos
En marge du Forum économique mondial (WEF) de Davos, Areva a été désigné entreprise la plus irresponsable de l’année. Comme les Oscars, cette remise de prix fonctionne sur nomination. Cette année, une quarantaine d’entreprises nationales et internationales, proposées par des ONG du monde entier, étaient en lice. Le « Public Eye Global Award » revient au groupe Areva, qui extrait de l’uranium au Nord du Niger dans des conditions scandaleuses. Ainsi, les mineurs ne sont pas informés des risques sanitaires qu’ils courent, alors que les analyses révèlent une contamination de l’air, de l’eau et du sol. Almoustapha Alhacen, président de l’organisation nigérienne Aghirin’man, a ainsi dénoncé des « décès suspects » chez les travailleurs d’Areva. A noter que le géant français fait coup double, puisque en plus du Global Award, il reçoit également le People Award, ou prix du public. Plus de la moitié des 12 000 internautes ayant pris part au vote lui ont aussi décerné le titre peu envié de société la plus irresponsable.
[1] Le président Tandja, qui accusait Areva d’apporter un soutien financier à la rébellion du mouvement nigérien pour la justice (MNJ) pour empêcher l’implantation de firmes concurrentes, avait fait expulser Dominique Pin, directeur du groupe au Niger et ancien de la cellule africaine de l’Elysée. Cf. Billets d’Afrique n°162.
[2] Audition du 18 octobre 2007 premier-ministre.richcongress.com/i...
[3] Dont le premier bulletin vient de paraître.
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