Survie

Angola : Avant Total

(mis en ligne le 1er juin 2003)

Au temps de l’Angolagate (1993-97), Mikhaïl Khordokovsky et sa sulfureuse banque Menatep étaient des partenaires privilégiés d’Arcadi Gaydamak - principale figure d’une opération de vente d’armes qui, selon un témoin, aurait masqué une « gigantesque escroquerie » (voir À fleur de presse). Peu après, Khordokovsky passait pour la cheville ouvrière du détournement de 10 milliards de dollars de FMI.

Cela ne lui a pas trop mal réussi : il a monté une société pétrolière, Youkos, il est l’homme le plus riche de Russie (plus de 8 milliards de dollars), il est choyé par les Américains (le FBI a renoncé à son enquête sur l’argent du FMI), Henry Kissinger et le baron Rothschild ont rejoint sa « Fondation pour une Russie ouverte »...

Ayant racheté la compagnie pétrolière Sibneft à Roman Abramovitch, autre dépeceur de l’ex-URSS, Khordokovsky est désormais à la tête de la troisième ou quatrième major pétrolière mondiale - avant TotalFinaElf. Laquelle a raccourci son nom en Total. Parmi tant d’autres chapitres de l’histoire d’Elf à faire oublier, il y en a un, évidemment, sur ses jeux financiers avec Menatep et Youkos, entre Angola et Russie.

Quant aux 10 milliards de dollars “perdus” par le FMI, ils ressemblent à l’avance du ticket d’entrée de la Russie (part d’associé ou mise minimum) dans un vaste tripot clandestin : le G8 de l’argent parallèle, entre pétrole, armes, mafias et services secrets [1].

[1À propos des activités financières ultra-protégées de la secte du Temple solaire, qui ont débouché sur une série de “massacres-suicides”, un officier supérieur des Douanes françaises signalait l’existence d’« une coupole mafieuse constituée à la fin des années 80 par divers services secrets occidentaux ; ils sont devenus le passage obligé des principales opérations de blanchiment d’argent et impliquent de nombreuses banques suisses... L’idée est la suivante : “Puisque l’on ne peut endiguer le flot de l’argent sale, il faut le contrôler”. » Cité par Bruno Fouchereau, La mafia des sectes, Filipacchi, 1996, p. 169.

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 115 - Juin 2003
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