Survie

Ils ont dit : Jacques COURBIN

(mis en ligne le 1er janvier 2004) - François-Xavier Verschave

"Q. - L’opposition et la société civile ont accusé la France d’avoir cautionné le fraudes massives qui étaient à l’origine de l’élection de Déby [en 2001]. Que répondez-vous ?

[...] La France n’a rien à voir avec ce qui s’est passé dans ces élections. Le rôle de la France, c’est de mettre à la disposition du processus électoral des avions, d’apporter un appui pour l’acheminement des urnes et des matériels pour le vote. Le reste, ça concerne les Tchadiens. [...] Que quelqu’un explique comment la France sous une forme ou sous une autre a pu avoir une influence sur ce niveau de fraude quelconque d’une élection au Tchad [1]. J’aimerais bien que ceux qui le disent viennent me voir et me disent que : “Moi j’ai les preuves que vous les Français, vous avez aidé à ce que ces fraudes se produisent”."

On notera que l’ambassadeur ne conteste pas l’existence des fraudes.

"Q. - Ce que l’opposition et la société civile reprochent à la France, c’est d’avoir mis à la disposition du gouvernement tchadien des moyens logistiques et matériels pour la tenue de ces élections alors que l’Union européenne par exemple, qui les savait truquées d’avance, avait refusé de les financer.

[...] C’est la première fois que j’entends ces affirmations selon lesquelles la France se serait rendue complice de fraude parce qu’elle a aidé le processus électoral. [...]

Q. - Excellence, juste après la proclamation des résultats, le président français a salué la "victoire" de Déby pendant que les contestations fusaient de partout.

[...] Le président de la République n’a fait que respecter les traditions républicaines. [...] Des contestations, il y en a tout le temps, en France également. Après les procédures constitutionnelles prévues, [...] après l’épuisement des recours, le président de la République envoie des lettres de félicitations au président élu. Je ne vois rien d’anormal." (Jacques COURBIN, ex-ambassadeur de France à N’Djaména, peu avant son départ le 23/10/2003. Interview à l’hebdomadaire tchadien Notre Temps du 21/10/2003).

Autrement dit, la France aide, seule, à la réalisation d’une élection dont elle sait, par ses Services, qu’elle va être truquée. Elle ne s’indigne pas en constatant le truquage. Elle le laisse valider par une Cour constitutionnelle inféodée, désignée en vertu d’une Constitution qu’elle a plus qu’aidé à rédiger. Et le président de la République française bénit le résultat. C’est effectivement la « tradition » françafricaine, et ça s’appelle « cautionner » l’élection frauduleuse d’un dictateur - n’en déplaise à Son Excellence Courbin qui, au fil de l’interview, a validé presque toutes les étapes de cette ingérence.

François-Xavier Verschave

[1Pour l’élection présidentielle de 1996, cf. l’abondance de faits exposés dans Agir ici et Survie, Tchad, Niger. Escroqueries à la démocratie, L’Harmattan, 1996

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 121 - Janvier 2004
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