Survie

A Lire : Alain Deneault, Paul Martin et compagnies

(mis en ligne le 1er juillet 2004) - Pierre Caminade

Alain Deneault
Paul Martin et compagnies
(soixante thèses sur l’alégalité des paradis fiscaux)

VLB éditeur, 2004.

Paul Martin est à la tête du gouvernement canadien après avoir été ministre des Finances pendant dix ans. Pataugeant dans les mêmes eaux politiques qu’un Chirac ou un Berlusconi, il a su manipuler magistralement la loi du "plus c’est gros, mieux ça passe". Ce livre nous raconte ses affaires prospères autour de la compagnie maritime qu’il a fini par céder à ses fils pour "masquer" de colossaux conflits d’intérêts. L’ouvrage traite essentiellement des paradis financiers. C’est également un traité caustique sur les rhétoriques servies à une presse relais, une confrontation au " silence exemplaire des journalistes, de lecteurs et d’auditeurs qui prononcent et lisent mille fois les mots paradis fiscaux sans savoir formuler à leur égard ne serait-ce qu’une première question conséquente " (§13).

Le rempart est avant tout juridique : " Les paradis fiscaux permettant ces transactions [de financements politiques illégaux] mais interdisant toute vérification, le soupçon tiendra infiniment lieu d’enquête. " (§16). Pourtant, certains filons du système sont limpides, malgré les flots médiatiques prétendant nous noyer : " Se questionner sur ce qui crève les yeux n’exige aucune expertise, rire des sophismes n’appelle aucun préalable. " (§57)

Que l’auteur soit un philosophe au long cours (auteur d’une Salve dans Billets n° 123) peut quand même aider à repérer ces sophismes. Embarqués dans son aviso, nous suivons la marée d’une politique privatisée qui fraie dans l’alégalité et les prébendes mondialisatrices. Le transport maritime se mêle aux exploitations minières et pétrolières, croisant inévitablement la Françafrique et la Mafiafrique. Cette dernière adore les Bourses de Vancouver et Toronto : " Entre 1992 et 1996, le nombre de concessions minières détenues pas des intérêts canadiens en Afrique a augmenté à un taux composé annuel moyen de 75 % " (§51).

Le livre a connu au Canada un succès inattendu. Il n’est peut-être pas désespéré de hausser à sa juste importance dans le débat politique une question essentielle, sur un escamotage sans précédent : " Il n’y a plus de pensée économique possible lorsqu’une part trop importante des transactions échappe au domaine public et ne se traduit en aucunes données. [...] Les penseurs de l’économie ne traitent plus qu’avec la part du pauvre " (§14).

Pierre Caminade

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 127 - Juillet Août 2004
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