Survie

Guadeloupe : SALVES : Colonie de travaillance

(mis en ligne le 1er novembre 2004) - Pierre Caminade

En 1983, les Guadeloupéens obtiennent enfin que soit chômé le 27 mai, pour commémorer l’abolition, en 1848, de l’esclavage sur l’île. Depuis, ces anniversaires sont l’occasion de défilés syndicaux sur lesquels on imagine que l’émotion des manifestants est autrement plus prégnante que lors de nos 1er mai.

En 1986, le tout nouveau gouvernement Chirac défiscalise largement les investissements économiques Outre-mer. En 1994, une loi Perben (déjà) accorde une première exonération de charges sociales. Avec la loi d’orientation de 2001, l’exonération devient totale. À quoi il convient d’ajouter, selon Sud-Éducation, des " subventions somptueuses, sans aucun contrôle ", et des " mesures dérogatoires au code du travail " [1]. " Aujourd’hui, 90 % des entreprises qui ont bénéficié de ces faveurs sont des entreprises à capitaux békés ou français. Les entreprises guadeloupéennes, elles, sont liquidées pour n’avoir pas su ou pu gérer, prévoir, payer leurs dettes " [2], dénonçait la centrale syndicale UGTG (Union générale des travailleurs de Guadeloupe) en 2001.

Le 27 mai 2001, la commémoration de la fin de l’esclavage a tourné à l’illustration de cette sorte " d’apartheid à la française "  [1] : de nombreux patrons "békés" ont décidé d’ouvrir leur commerce sur le passage du cortège... qui revendiquait le respect de la mémoire des Noirs de l’île. Inévitablement, quelques actes de vandalisme, limités, ont eu lieu. Dont celui d’un restaurant rapide Quick. Ainsi, le dirigeant syndical Michel Madassamy a précédé José Bové en tant que syndicaliste emprisonné pour la dégradation d’un haut lieu de "malbouffe".

Madassamy est président-fondateur de l’Union des transporteurs de produits pétroliers (UTPP), syndicat créé en 1994, affilié à l’UGTG. Non seulement il a obtenu de rapides succès sociaux, grâce à de nombreuses grèves dans les stations-services, mais il a le tort d’être résolument indépendantiste... " Il a été condamné, pour cette affaire dite du "27 mai", à 3 mois de prison ferme et 7 000 euros de dommages et intérêts. Mais Madassamy est aussi condamné à 10 mois de prison ferme et 53 000 euros dans l’affaire [d’un véhicule endommagé de la société] Texaco. [...] Outre Madassamy, 11 autres militants sont dans le collimateur de la justice "  [3] début octobre 2004.

Le pouvoir politique en rajoute dans l’intimidation : le syndicaliste a été de nouveau arrêté le 4 octobre. "L’interpellation" aurait été menée par un commando cagoulé et fortement armé (une pratique courante de la police locale). On compterait le garder en prison pendant " au moins 8 mois "3. Guantanamo n’est qu’à quelques brasses. Mais on peut parler d’un progrès puisque, depuis le milieu des années 1970, la police ne tire plus à balles réelles sur les manifestants.

Comme à l’habitude depuis 2001, Madassamy est en grève de la faim, et il reçoit un soutien très fort de la population guadeloupéenne. D’autres syndicalistes ont été arrêtés depuis. Les politiques locaux ont commencé, le 20 octobre, à s’exprimer en faveur de sa libération.

Pierre Caminade

[1Communiqué de la fédération Sud-éducation, 15/06/2001.

[2UGTG Pointe-à-Pitre le 02/06/2001 http://www.ugtg.org/Liberer %20Michel.htm

[1Communiqué de la fédération Sud-éducation, 15/06/2001.

[3Selon Danik Ibraheem Zandwonis, journaliste pour le journal en ligne maximini.fr, www.maximini.com/guadeloupe/news-guadeloupe.asp ?num=5238

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 130 - Novembre 2004
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