Survie

Polynésie : SALVES : POM de discorde ?

(mis en ligne le 1er novembre 2004)

Le coup d’État constitutionnel dont nous sommes spectateurs en Polynésie française (Gaston Flosse versus Oscar Temaru) donne lieu à l’affichage d’un combat politique métropolitain.

Le rôle du méchant est presque ouvertement assumé par l’UMP, nuancé par les dénégations obligées. Oscar Temaru affirme que, dès après son élection le 24 mai, le haut-commissaire de la République lui a dit par téléphone : " Monsieur le Président, les opérations électorales ne sont pas terminées. " (Libération, 14/10/2004). Un propos repris devant l’Assemblée nationale par la ministre de l’Outre-mer, Brigitte Girardin : " Ne vous réjouissez pas trop vite, le processus est loin d’être terminé. " (Le Canard enchaîné, 13/10/2004). Puis elle a menacé le POM (Pays d’Outre-mer) de " fermer les robinets " financiers, laissant " maladroitement entendre que les jours du gouvernement Temaru étaient comptés. " (Le Parisien, 12/10/2004).

Le rôle du gentil est attribué au PS. François Hollande dénonce " une manœuvre qui a consisté à mettre le pouvoir légitime élu de la Polynésie en situation d’être renversé " (Le Figaro, 12/10/2004). D’autres ténors sont montés au créneau, tel Jack Lang, pour réclamer la dissolution de l’Assemblée polynésienne - que le peuple polynésien a revendiqué en manifestant comme jamais (plus de 20 % de la population active dans la rue le 16 octobre).

Le statut de POM, qui devait conforter le pouvoir de Gaston Flosse, a pourtant été préparé par les socialistes, avec Catherine Tasca en thuriféraire. On ne peut pas dire qu’il y ait eu de fortes contrariétés transpartisanes dans sa mise en application par le gouvernement Raffarin. Certes, la corruption ultra-marine est presque une chasse gardée de la Chiraquie, mais le PS ne l’avait guère jusqu’ici abordée frontalement, compromis qu’il est avec l’ex-RPR dans le racket des marchés franciliens, les dividendes françafricains et les rétrocommissions sur les ventes d’armes.

Le PS veut-il vraiment qu’Oscar Temaru reprenne le pouvoir légitime que lui ont accordé les Polynésiens (ce qui pourrait arriver si l’Assemblé territoriale est dissoute) et impose un audit sur l’usage de l’argent public  [1] ? Nous espérons vivement que l’exceptionnelle mobilisation du peuple polynésien obtiendra une telle issue, échappant ainsi à un clanisme politique caricatural.

Pierre Caminade

[1Notamment les 150 millions d’euros versés annuellement par la France. Flosse et son clan sont soupçonnés de détournements de fonds, d’emplois fictifs, de dépenses extravagantes, etc. Le Canard enchaîné (20/10/2004) signale que la Chambre territoriale des comptes de la Polynésie a réalisé un rapport sur ce dernier point... communiqué à Flosse en avril, " mais resté curieusement inédit ".

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 130 - Novembre 2004
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