Survie

Congo-K, le cas Congo II

(mis en ligne le 1er avril 2006)

Le Secrétaire général des Nations Unies (ONU), Kofi Annan, a salué « la décision de l’Union européenne en vue de commencer les préparatifs et la planification d’un éventuel soutien à la Mission de l’ONU en République démocratique du Congo (Monuc) » le 25 mars dernier. Où en est-on de cette question ? Il est difficile de le savoir avec précision. Quelques jours plus tôt, le quotidien Le Monde [1] a fait écho de propos - tenus le 20 mars - des ministres français des Affaires étrangères Philippe Douste-Blazy et allemand de la Défense Franz Josef Jung selon lesquels la décision d’envoyer une force militaire européenne en RDC pendant la prochaine période électorale serait acquise. Ces derniers ont ajouté cependant que « bien des détails doivent encore être réglés ». Le commandement général de cette force d’intervention, composée de quelques 1 500 soldats [2], serait assumé par l’Allemagne, la France exerçant le commandement à Kinshasa. Il s’agirait (sauf 250 hommes installés à Kinshasa) d’une force de réaction rapide, prête au départ en cas de troubles. Selon Le Monde, cette mission ne fait pas l’unanimité en Allemagne, y compris dans l’armée, rendant l’obligatoire approbation par le Parlement incertaine. Des critiques fusent à l’encontre de la chancelière Angela Merkel et son ministre de la défense accusés de s’être fait forcer la main par la France - décidée à “y aller”, mais pas seule. Les intérêts français en Afrique Centrale ne sont pas négligeables, mais on n’en fait pas publiquement grand état. Le 22 mars, le porte-parole du gouvernement allemand a indiqué que l’Allemagne prendrait une décision concernant l’opération au mois de mai. Les principales critiques allemandes semblent viser un manque de clarté entourant le mandat de l’opération. On peut en effet se demander s’il s’agit de prêter main forte à un peuple en cas de besoin ou de favoriser un camp ou un autre...

Quant à la date à laquelle doit se tenir l’élection présidentielle congolaise, elle n’est pas fixée. L’Abbé Apollinaire Malu Malu, président de la Commission électorale indépendante (CEI), l’a confirmé à Bruxelles le 24 mars lors d’un colloque organisé par l’université d’Anvers : « On ne peut pas fixer la nouvelle date maintenant, il faut attendre » a-t-il ajouté. On reste dans le flou. Le 28 mars, le Comité international d’accompagnement de la transition (CIAT) a rappelé l’appel de la mission du Conseil de Sécurité « pour que personne ne soit exclu du processus électoral mais aussi que personne ne s’en auto exclu ». Est-ce une manière de souligner que la région de Minembwe n’est pas admise comme territoire pouvant élire un député, au refus de rouvrir des bureaux d’enrôlement afin que les électeurs [3] de l’UDPS puissent s’inscrire sur les listes ? Le président de la CEI affirme que la réouverture est techniquement et financièrement impossible, tandis que certains milieux européens (et certains au sein de la CEI selon des sources crédibles) estimeraient nécessaire que l’UE finance la réouverture des bureaux d’enrôlement afin d’éviter que les nombreux électeurs de l’UDPS ne conteste la validité du futur scrutin. Et que la lutte pour le pouvoir soit le moins entachée possible doit-on ajouter.

La situation d’insécurité qui règne dans tout le pays, décrite dans notre précédente publication, n’a pas évolué. Dans l’Ituri, au nord-est de la RDC, le Mouvement révolutionnaire congolais (MRC) multiplie ses attaques contre l’armée régulière (FARDC), selon la Monuc. Ce mouvement, créé il y a un an à Kampala, regroupe diverses milices actives dans la région qui auraient fait taire leurs rivalités en faveur d’intérêts à présent partagés. Le combat contre les FDLR au Sud-Kivu, mené avec quelque efficacité par les FARDC avec l’appui de la Monuc, a fait se déplacer les rebelles rwandais vers le Nord-Kivu, où diverses factions des FARDC désertent ou se combattent plus qu’ils ne s’emploient à rétablir l’ordre. Quelle est aujourd’hui la stratégie de la communauté internationale, lourdement impliquée dans la région ? Celle d’un pari sur des élections dont il s’agirait de tout entreprendre pour qu’elles se tiennent, et à l’issue desquelles elle pourrait se désengager, laissant libre cours aux acteurs jusqu’ici impliqués ? Ou celle d’un engagement à plus long terme, et dans ce cas selon quels critères ?

Sharon Courtoux

[1Le socle de la force européenne au Congo sera franco-allemand (Laurent Zecchini, avec Antoine Jacob à Berlin, Le Monde, 22/03).

[2500 français (dont 250 au quartier général projeté à Kinshasa), 500 allemands, le complément étant fourni par l’Espagne, la Pologne, la Suède et la Belgique.

[3Etienne Tshiseked ayant appelé au boycott du référendum sur la Constitution, les électeurs de l’UDPS (le plus important parti politique de l’opposition) ne sont pas inscrits et, si cette situation n’est pas rectifiée, ne pourrons pas voter.

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 146 - Avril 2006
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