Survie

Centrafrique : Renforcement de l’appui militaire et financier au régime de Bozizé

(mis en ligne le 1er septembre 2006) - Victor Sègre

Depuis plusieurs mois, les populations du Nord de la République centrafricaine sont prises en tenaille entre les enrôlements forcés accompagnés des pillages des diverses rebellions, et les représailles aveugles des troupes gouvernementales. Si les exactions ont été confirmées par la Croix Rouge et dénoncées par la FIDH, l’identification précise des responsables reste à faire. Il est difficile d’imaginer en tout cas qu’elles aient pu échapper à l’attention des militaires français. Après avoir aidé l’armée centrafricaine à « nettoyer » l’ouest du pays « d’anciens miliciens partisans du président Bozizé, devenus bandits de grand chemin » [Jeune Afrique, 17/07/2005], l’armée française est active dans le Nord depuis janvier, avec deux hélicoptères de transport Cougar et une centaine d’hommes, les premiers pour servir de taxi aux militaires centrafricains, les seconds pour « l’entretien » et « la protection » des premiers, selon la version officielle [Afrique centrale Info, 09/01]. Bozizé n’a longtemps connu que des heurts avec des « coupeurs de route », puis a demandé à partir d’avril le renforcement des moyens militaires français pour l’aider à « surveiller ses frontières » face à des incursions puis des attaques militaires menées selon lui par les rebelles tchadiens du FUC. Version démentie par Miskine, ex-milicien à la solde de Patassé et leader de l’une des rebellions, qui s’attribue l’entière paternité des revers essuyés par l’armée centrafricaine et dément la présence de rebelles tchadiens. Quoi qu’il en soit, Bozizé a limogé pour « indiscipline » et « manque de courage » plusieurs hauts gradés début juillet, dont le chef de l’armée et celui de la gendarmerie, vraisemblablement à la demande du général français Jean-Pierre Perez qui fait office de conseiller présidentiel [La Lettre du Continent, 13/07]. Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Jean-Baptiste Mattéi, a annoncé mi-juillet un « appui militaire logistique renforcé », sans autre précision, alors que l’armée française est déjà présente « à tous les niveaux de la défense centrafricaine » [1]. Le ministère centrafricain de la défense évoquait quant à lui « la mise à disposition d’un avion français de type C-130 (appareil militaire de transport) qui se chargera d’acheminer la logistique lourde », « des officiers d’état-major pour aider l’état-major des Faca [Forces armées centrafricaines] dans la planification des opérations qui pourraient être conduites » et « des avions de chasse » pour « des missions d’observation ». L’ambassadeur de France, M. Girma, avait par ailleurs signé fin juin « trois conventions de dons pour un montant total de 12,8 millions d’euros » qu’il a justifié par le fait que la République Centrafricaine « s’est engagée résolument dans un effort de bonne gouvernance » [ACAP, 28/05]. Ce qui explique sans doute l’évaporation constante des fonds publics et l’état de faillite perpétuelle du trésor centrafricain... Une faillite à la responsabilité partagée puisque la France, qui avait déjà accordé l’année précédente une aide supplémentaire de quatre millions d’euros « pour appuyer les mesures de redressement en cours » [AFP, 01/08/2005], « a détaché des fonctionnaires aux postes-clés de l’administration centrale » [Le Monde, 28/02], pour le plus grand bonheur des entreprises « à capitaux français le plus souvent » qui « placées en situation de monopole [...] dégagent toutes des bénéfices qui font rêver » [Le Monde, 28/02].

Victor Sègre

[1Jeune Afrique, 26/01, qui précise « Depuis avril 2003, un détachement de deux cents hommes fournit ainsi, dans le cadre de l’opération Boali, le soutien logistique du continent panafricain de la Force multinationale en Centrafrique (Fomuc), composée de Gabonais, de Congolais et de Tchadiens. Ce même détachement entraîne par ailleurs le bataillon de protection, de sécurité et d’intervention (BPSI), une unité d’un milliers d’homme destinée à servir de Garde présidentielle et à remplacer le détachement de militaires tchadiens zaghawas qui en tient lieu depuis près de trois ans. Le chef d’état-major de l’armée centrafricaine, le général Gambi, bénéficie des conseils d’un colonel français détaché par Paris, et le président François Bozizé lui-même a pour assistant militaire le général Pérez, un saint-cyrien qui commanda notamment à Djibouti et... en Centrafrique. Pérez, qui sera bientôt remplacé, à sa demande, par un autre officier supérieur français, conseille également le directeur de cabinet du ministre de la défense, lequel n’est autre que Francis Bozizé (36 ans), le fils du chef de l’État. Ce dernier n’est pas un inconnu pour l’armée française, au sein de laquelle il a servi. Sous-officier au sein du 36e régiment parachutiste d’infanterie de marine (RPIMA), il fut notamment affecté sous mandat onusien à Sarajevo, avant de défiler le 14 juillet 1996 sur les Champs-Élysées. En mars 2003, Francis Bozizé était le chef d’état-major des « Libérateurs » qui renversèrent le régime d’Ange-Félix Patassé, à Bangui. »

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 150 - Septembre 2006
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