Survie

RDC : à l’est rien de nouveau ?

(mis en ligne le 1er février 2007) - Sharon Courtoux

Selon l’International crisis group (ICG), les autorités rwandaises, décidées à traduire en justice ses quatre plus hauts responsables [1], estiment cependant que la majorité des commandants des FDLR (Forces Démocratiques de Libération du Rwanda, milice hutu opposée au pouvoir de Kigali) sont innocents des pires crimes commis au Rwanda durant le génocide des Tutsi.

Quoi qu’il en soit, ces miliciens opèrent toujours en République Démocratique du Congo, au Nord Kivu en particulier, où leurs exactions, comme celles commises par certaines des Forces armées congolaises (FARDC) [2], continuent de peser lourd sur les populations. Ils occupent l’axe Rutshuru (environs 75 km au nord de Goma) / Ishasha (plus à l’est, sur la frontière ougandaise), où « ils font la pluie et le beau temps » selon des sources de la région. Plus étonnant, ils serviraient, sous les yeux apparemment consentants de la Monuc (Mission des Nations unies au Congo), de “supplétifs” aux FARDC qui croisent le feu avec les troupes du Général rebelle Laurent Nkunda (qui traquent les milices FDLR, notamment d’anciens génocidaires encore présents parmi ces dernières). Nkunda, visé par un mandat d’arrêt lancé par l’État congolais pour crimes de guerre et atteintes graves aux droits de l’Homme (sanction que Nkunda est loin d’être le seul militaire congolais à mériter) se déplace pour autant sans problème dans le Masisi, région du Nord Kivu proche du Rutshuru dont il est originaire. Nkunda a confirmé la signature prochaine d’un accord de paix (dont les détails sont encore à l’examen) entre son mouvement rebelle [3] avec les autorités congolaises qui le confirment de leur côté. Cet accord interviendrait à la suite d’une médiation conduite par Kigali dans le cadre d’une entente en ce sens entre les présidents congolais et rwandais, Joseph Kabila et Paul Kagame (quoique le Président Kagame n’ait pas été invité à la prestation de serment du président élu du Congo début décembre).

En dépit de ses crimes, de nombreux « rwandophones » (Hutu ou Tutsi congolais du Nord Kivu qui s’expriment en kinyarwanda) semblent compter sur Laurent Nkunda pour assurer leur protection dans un contexte où les conflits identitaires sont loin d’être dépassés et où “le Rwandais” (la haine ambiante accuse ces congolais d’être des “étrangers”) n’est pas en sécurité.

Laurent Nkunda accuse le Général Christian Houdet, chef d’État-major des forces de la Monuc, de s’opposer au désarmement des FDLR (en refusant aux FARDC décidées à s’y employer tout soutien onusien au-delà du logistique) en raison du soutien français au camp rwandais qui a ordonné et exécuté le génocide, et de son hostilité à l’égard du camp des victimes. La Monuc souligne l’incapacité opérationnelle des forces congolaises, ce qui est incontestable. Il est cependant troublant de constater, plus de douze ans après le génocide, l’incapacité internationale à mettre fin aux activités de ces “forces négatives”. Il serait consternant, si cela se confirme, de constater que la Monuc tolère leur appui aux FARDC qui répondent aux attaques menées par les hommes de Nkunda. Or, il est devenu difficile d’en douter en raison du nombre de sources crédibles qui l’affirment. Les besoins de ces “forces négatives” présentes au Congo n’ont pas été négligés par la France du temps où des forces rwandaises et ougandaises occupaient l’est du pays. Depuis leur retrait, il est difficile de vérifier les rumeurs et accusations selon lesquelles la situation resterait inchangée. Certaines actions, ou certaine inaction internationale alimentent cependant les soupçons.

L’axe Kigali/Kinshasa est-il engagé – malgré les multiples obstacles qui s’y opposent – dans une opération de sa propre initiative visant à atteindre, à terme, des objectifs susceptibles de ramener la paix ? La gageure est immense, l’optimisme ne s’impose pas, mais pourquoi n’en serait-il pas capable ? En cela, nulle part ailleurs, réside l’espoir.

Sharon Courtoux

[1Dont l’un, le Colonel Kanyandekwe, décédé fin décembre, aurait été empoisonné par le commandant en chef Silvestre Mudacumura, selon les mauvaises langues de la région. Kanyandekwe, selon ces sources, prônait l’arrêt des hostilités entre les Forces combattant Abacunguzi (FOCA, bras armé des FDLR) et le Rwanda alors que Mudacumura s’oppose au désarmement et au rapatriement des ses hommes.

[2Ce qu’attestent, de longue date, tous les observateurs de la RDC et tous les rapports la concernant.

[3Le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP).

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 155 - Fevrier 2007
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