Survie

République Démocratique du Congo. Situation explosive au Kivu

(mis en ligne le 1er juillet 2007) - Sharon Courtoux

Décryptage de la visite de l’ambassadeur de France à Bukavu puis à Goma.

Dans la nuit du 26 au 27 mai, une vingtaine de civils, dont des enfants, a été tué à l’arme blanche par des milices FDLR [1] à Kanyola (Sud Kivu, 50 km à l’ouest de Bukavu). Plusieurs dizaines d’autres ont été blessés et autant enlevés. Dès le lendemain, la France condamnait ces exactions. Et d’envoyer illico son ambassadeur, Bernard Prévost, à Bukavu pour « réitérer l’appui de la France et de l’Union Européenne à la formation d’une armée bien organisée et efficace en RDC ». L’ambassadeur a promis d’envoyer à Bukavu, dès le mois de septembre, un attaché de coopération "chargé d’examiner ensemble avec la population et les ONG locales l’aboutissement des projets financés par la France (dont) l’assistance aux déplacés de guerre ». Il s’est ensuite rendu à Goma où, selon la radio de l’ONU Okapi, il a annoncé un don de 2 millions d’euros au Programme Alimentaire Mondial (PAM) destiné à l’achat de vivres pour les populations déplacées dans l’Est du Congo (Nord et Sud Kivu).

Lors de son passage, l’ambassadeur a rendu visite à Mgr Maroy, Archevêque de Bukavu qui lui a remis un message[ [http://kakaluigi.unblog.fr/2007/03/31/psychose-de-guerre-a-bukavu/]]->http://kakaluigi.unblog.fr/2007/03/31/psychose-de-guerre-a-bukavu/]]] aux relents racistes. Il visait en particulier les tutsi rwandais mais aussi les Banyamulenge (Tutsi congolais) des Hauts Plateaux de Minembwe. Il exprimait par exemple la crainte que soient réunis les éléments conduisant à une nouvelle guerre dans sa région [2] et appellait la population à « ouvrir l’œil et le bon comme dans le passé. L’ennemi est encore là ». Enfin, le prélat demandait à la communauté internationale de rester vigilante et à disposition. Connu pour son hostilité aux populations tutsi, le clergé de Bukavu est réputé être en contact avec la DGSE, à laquelle les attachés de coopération sont réputés être liés. Où va-t-on ? Nous n’avons pas connaissance d’une réaction officielle de Bernard Prévost aux propos de Mgr Maroy. La situation en RDC, dans l’Est notamment, est suffisamment explosive pour appeler ce dernier à la prudence mais a-t-il les coudées franches ?

Ces événements interviennent dans le contexte du bras de fer entre Paris et Kigali, celui de « relations délicates » entre Kigali et Kinshasa et celui d’une présence française robuste dans la capitale congolaise. Alors souvenons-nous que c’est via le Sud Kivu que la France entretenait des relations avec les FDLR lorsque les troupes rwandaises et ougandaises occupaient l’Est de la RDC. Et que les positions françaises ont toujours été plus proches de celles de Mgr Maroy que de celles d’un Etat responsable, impartial et médiateur dans une région ou chacun se regarde en chien de faïence. Si on ne comprend pas cette responsabilité historique, mieux vaut rester chez soi.

Sharon Courtoux

Paul Barril n’était pas à Goma
Plusieurs sources nous signalaient (voir Billets 159) la présence possible de Paul Barril à Goma (Nord-Kivu). Vérification faite, Barril n’y était pas. Selon des sources sérieuses à Kampala, il s’agissait d’une rumeur lancée par le général insurgé Laurent Nkunda. A-t-elle circulé spontanément ou a-t-elle été entretenue volontairement ? L’imbroglio au Kivu est tel qu’il est difficile de le savoir .

[1Forces démocratiques de libération du Rwanda.

[2Dont il laisse entendre qu’elle serait l’effet de la volonté du voisin rwandais.

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 160 - Juillet Aout 2007
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