Survie

Le doyen Bongo, l’archétype

(mis en ligne le 1er octobre 2007)

Le premier d’entre eux est probablement Omar Bongo. A la tête du Gabon (1,4 million d’habitants) depuis 1967, il règne depuis quarante ans sur un petit émirat pétrolier co-géré par Elf puis Total. Difficile à estimer, sa fortune et celle de sa famille serait de plusieurs centaines de millions de dollars. Les détournements de biens publics commis par le président gabonais (également gendre de Denis Sassou Nguesso) et son entourage sont monnaie courante.

En 1999, le Sénat américain a publié un rapport d’enquête sur l’origine de la fortune du président. Ce document établit qu’Omar Bongo est devenu client de la Citibank de New York en 1970 et qu’il a ouvert de multiples comptes auprès de ses différents bureaux, à Bahreïn, à Jersey, à Londres, au Luxembourg, à New York, à Paris et en Suisse. Il révèle également que la plupart des comptes gérés à New York ont été ouverts au nom de Tendin Investments Ltd, une société écran située aux Bahamas, tandis que les comptes gérés à Paris, ont eux été établis au nom d’une deuxième société écran, Leontine Ltd. On découvre dans ce rapport qu’une partie de l’argent aurait servi à financer la campagne électorale du président gabonais en 1993 ou le voyage des Bongo au 50ème anniversaire de l’ONU (1,6 million de dollars). Les sénateurs n’ont, en tout cas, aucun doute sur la provenance de l’argent : « Les fonds gouvernementaux du Gabon sont bien la source première des avoirs se trouvant sur les comptes d’Omar Bongo. » [1]. Au total, le montant des avoirs du chef d’Etat, qui ont été placés sur ses différents comptes bancaires à la Citibank, à New York, de 1985 à 1997, serait d’environ 130 millions de dollars. La City Bank aurait expliqué « que l’argent provenait d’une allocation budgétaire, 8,5 % du budget gabonais - soit 111 millions de dollars - étant chaque année réservés au président ». [2]

Impossible d’en savoir plus sur les autres comptes, notamment en Suisse. Toutefois, en 1997, en plein cœur de l’affaire Elf, un juge d’instruction helvète saisit les comptes d’Alfred Sirven et d’André Tarallo et en recherche les bénéficiaires ultimes. Il découvre alors un compte bancaire à la Canadian Imperial Bank of Commerce (CIBC) de Genève, au nom de la société Kourtas Investment installée au Bahamas, ouvert par le conseiller du président gabonais, Samuel Dossou, dont le président serait le bénéficiaire.

L’ordonnance de renvoi des juges instruisant le procès Elf, indique elle aussi l’existence de comptes du président Bongo en Suisse : « Le compte personnel du président Bongo à la FIBA [3] était essentiellement crédité par des transferts bancaires en provenance de Libreville, de Genève (CIBC), du Lichtenstein ou des Etats-Unis [Citybank]. [le] directeur général de la FIBA, évalue à un montant global de 30 à 40 millions de francs [suisses] par an l’alimentation du compte du président Bongo » [4].

Pendant ce temps le Gabon continue d’exporter plus de 13 millions de tonnes de pétrole brut par an [5], alors que la dette publique contractée par Omar Bongo s’élevait déjà en 2002 à 4 milliards de dollars [6].

Les biens de Bongo en France

Rien que dans le 16ème arrondissement de Paris, Omar Bongo et sa famille possèderaient pas moins de quatre appartements (5, rue Laurent Pichat ; 53 bd Lannes ; 6, rue Mirabeau ; 52, av Foch) et un hôtel particulier (18, rue Dosne).

Certains sont utilisés par les proches du président pour suivre leurs études, d’autres servent à accueillir des hommes politiques et des dirigeants d’entreprises françaises lors de ses fréquentes visites en France. C’est dans son hôtel particulier qu’il a ainsi accueilli pendant la campagne présidentielle française les candidats Nicolas Sarkozy et François Bayrou ainsi que la moitié du gouvernement Fillon lors de sa première visite officielle sous la présidence de N. Sarkozy.

A cela s’ajoutent un appartement dans le 7ème arrondissement de Paris (rue Valentin d’Huy), une très belle résidence sur les hauteurs de Nice et deux villas aux Etats-Unis.

[1Rapport du Sénat américain, Private Banking and Money Laundering : a case study of opportunites and vulnerabilities, 1999.

[2Allocution du Sénateur Carl Levin, « Omar Bongo and Citibank : Private Banking and Money Laundering », 10 novembre 1999. Voir aussi « Les comptes faramineux d’Omar Bongo, extraits du rapport du Sénat américain », L’Express, 8 juin 2000.

[3Banque Française Intercontinentale, contrôlée par le président gabonais, elle a été utilisée par Elf pour toutes ses opérations financières occultes.

[4Ordonnance de renvoi de l’affaire Elf à la 11ème chambre correctionnelle du Tribunal de Grande Instance de Paris, Document RFI, p. 10.

[5Chiffre 2005 de la Banque des Etats de l’Afrique Centrale

[6Joseph Hanlon, Defining illegitimate debt and linking its cancellation to economic justice, Open University for Norwegian Church Aid, june 2002.

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 162 - Octobre 2007
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