Survie

Un avenir radieux et irradié

(mis en ligne le 1er février 2008) - Victor Sègre

Alors que la rébellion
touareg veut lancer
la “bataille de
l’uranium”, Areva vient de
conclure un nouvel accord
avec l’Etat nigérien.

Après la crise de cet été [1], les relations
entre le Niger et le géant du nucléaire
sont à nouveau au beau fixe. « On
ne pouvait pas briser un partenariat historique
et profondément sincère qui a su résister
aux troubles des mauvais jours
 » a déclaré
Anne Lauvergeon (Xinhua, 14 janvier 2008).
Areva, qui jouissait jusqu’à présent d’une situation
de monopole et de prix défiant toute
concurrence, a accepté d’augmenter de 50%
le prix d’achat du métal radioactif pendant les
deux prochaines années. On aurait pourtant
tort de s’inquiéter pour les intérêts de la multinationale.

D’abord parce que le prix d’achat reste
très faible non seulement par rapport au
prix du marché à court terme (« spot »),
qui a pratiquement doublé ces deux dernières
années et dont la hausse se poursuit,
mais également inférieur de moitié à
la moyenne des tarifs internationaux pratiqués
dans le cadre de contrats d’achats à
long terme. En outre, comme le rappelait
récemment la présidente d’Areva lors de
son audition devant la commission du livre
blanc sur la Défense et la Sécurité nationale
 [2] : « Le coût de l’uranium rentrant
pour 5% dans le coût du kilowatt-heure
(KWH), vous pouvez avoir un doublement,
un triplement, un quadruplement du coût
de l’uranium, ça ne change pas les fondamentaux
du coût du KWH nucléaire.
 »

Ce qui n’empêchera pas la hausse d’« être
répercutée sur la facture payée en France
par EDF
 » (Le Figaro, 14 janvier 2008)
contrairement aux pronostics optimistes
ou hypocrites de Mme Lauvergeon (Interview
au Figaro, 15 janvier 2008).

Enfin, en contrepartie, Areva a obtenu
une concession de quarante ans sur le site
d’Imouraren destiné à devenir à partir de
2012 « le plus grand projet industriel minier
jamais envisagé
 » dans ce pays, et la
deuxième plus grande mine d’uranium au
monde. Celle-ci doit lui permettre de faire
face à la « très forte augmentation de la
demande nucléaire à travers le monde
 »
(idem), demande que s’empresse de satisfaire,
comme chacun aura pu le constater
ces dernières semaines, notre VRP-président
en voyage en Algérie, en Égypte ou
encore aux Émirats arabes unis.

Si les organisations réunies dans le groupe
de réflexion et d’action sur les industries
extractives au Niger [3] (GREN) ont apprécié
positivement la signature d’un contrat
moins léonin, elles rappellent toutefois
que des questions continuent de se poser
avec acuité. Des questions majeures comme
les risques sanitaires et écologiques
que l’exploitation de l’uranium par Areva
fait peser sur les populations nigériennes,
ou encore le contrôle citoyen sur l’utilisation
des fonds nouveaux ainsi générés. Le
Niger a beau être signataire de l’ITIE (Initiative
sur la transparence des industries
extractives), l’opacité reste la règle. Ainsi,
ni Areva ni l’État nigérien n’ont souhaité
divulguer le tonnage d’uranium concédé
au Niger dans le cadre de ce nouvel accord
pour une commercialisation directe
sur les marchés internationaux.

Victor Sègre

Les « Oscars de la honte » décernés à Davos

En marge du Forum économique mondial (WEF) de Davos, Areva
a été désigné entreprise la plus irresponsable de l’année.
Comme les Oscars, cette remise de prix fonctionne sur nomination.
Cette année, une quarantaine d’entreprises nationales et internationales,
proposées par des ONG du monde entier, étaient en lice.
Le « Public Eye Global Award » revient au groupe Areva, qui extrait de l’uranium
au Nord du Niger dans des conditions scandaleuses. Ainsi, les mineurs ne
sont pas informés des risques sanitaires qu’ils courent, alors que les analyses
révèlent une contamination de l’air, de l’eau et du sol. Almoustapha Alhacen,
président de l’organisation nigérienne Aghirin’man, a ainsi dénoncé des « décès
suspects » chez les travailleurs d’Areva. A noter que le géant français fait coup
double, puisque en plus du Global Award, il reçoit également le People Award,
ou prix du public. Plus de la moitié des 12 000 internautes ayant pris part au
vote lui ont aussi décerné le titre peu envié de société la plus irresponsable.

[1Le président Tandja, qui accusait Areva
d’apporter un soutien financier à la rébellion du
mouvement nigérien pour la justice (MNJ) pour
empêcher l’implantation de firmes concurrentes,
avait fait expulser Dominique Pin, directeur du
groupe au Niger et ancien de la cellule africaine
de l’Elysée. Cf. Billets d’Afrique n°162.

[2Audition du 18 octobre 2007
premier-ministre.richcongress.com/i...

[3Dont le premier bulletin vient de paraître.

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Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 166 - Février 2008
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