Survie

Un livre blanc pour la Défense ou pour l’attaque ?

rédigé le 5 juin 2013 (mis en ligne le 1er août 2013) - Raphaël Granvaud

Le nouveau Livre Blanc confirme
l’appropriation du concept de
« sécurité nationale » [1] pour justifier
l’action des forces armées face « à la
diversité des menaces et des situations de
crise susceptibles d’affecter notre sécurité,
nos valeurs ou nos intérêts.
 » Le champ est
large !

En matière d’intervention extérieure,
trois objectifs sont énumérés : « Assurer la
protection de nos ressortissants à l’étranger,
défendre nos intérêts stratégiques, comme
ceux de nos partenaires et alliés, et exercer
nos responsabilités internationales.
 »

Le document focalise l’application de
cette doctrine sur le « voisinage de
l’Europe
 », considérant que pour cette
zone géographique « les États-Unis cher­
cheront probablement à partager plus
systématiquement la charge des opérations
extérieures avec leurs alliés européens,
quitte à accepter dans certains cas de
leur en laisser l’initiative et la direction
 »,
comme ce fut le cas en Libye ou au Mali.

Nul doute que l’opération Serval, qui est
évoquée à plusieurs reprise, a influencé la
rédaction du Livre blanc, dans lequel « le
Sahel, de la Mauritanie à la Corne de
l’Afrique, ainsi qu’une partie de l’Afrique
subsaharienne
 » sont définis comme
« des zones d’intérêt prioritaire » pour la
France et pour l’Europe, où « la sécurisation
des espaces terrestres et maritimes est donc
stratégique
 ».

Le refrain désormais habituel
sur la nécessité de cadres multilatéraux et
de mandats de l’ONU pour les interventions
extérieures n’est pas oublié, mais prenant
acte des difficultés à mobiliser les autres
pays européens, le document évoque en
premier « les opérations conduites de
façon autonome
 », considérant même que
« l’évolution du contexte stratégique »
les rendra nécessaires « plus souvent que par le passé ».

Une Force interarmées de
réaction immédiate (FIRI) permettant de
projeter à tout moment 2 300 hommes est
créée, tandis que les forces spéciales seront
renforcées. Le devenir des bases et autres
« points d’appui » militaires en Afrique
n’est pas explicitement mentionné, mais
la philosophie générale du texte, comme
les commentaires qui ont accompagné
sa publication, ne laissent guère de
doute quant l’abandon pur et simple des
objectifs (modestes) de réduction prévus
par le précédent Livre blanc. Au nom bien
sûr de l’inusable prétexte « de soutien à la
formation d’une architecture de sécurité
collective en Afrique
 ».

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Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 225 - juin 2013
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