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A Paris, l’association Survie débaptise une station de métro dans le cadre de la campagne « Faidherbe doit tomber »

Crédit photo Survie
Publié le 26 juin 2018 (rédigé le 26 juin 2018) - Survie

Alors que se termine la campagne « Faidherbe doit tomber » menée parallèlement en France et au Sénégal à l’occasion du bicentenaire de la naissance de cette figure du colonialisme, l’association Survie a symboliquement rebaptisé ce matin la station de métro Faidherbe-Chaligny en « Faidherbe Ça suffit ! », en demandant « Qui veut (encore) célébrer le colonialisme ? ». Cette action symbolique s’inscrit dans le cadre de la campagne collective « Faidherbe doit tomber », qui fait le lien entre l’hommage public à ce serviteur zélé du colonialisme et la façon dont ses idéaux polluent encore notre présent.

Lancée en avril dernier à Lille et au Sénégal [1], la campagne « Faidherbe doit tomber » vise à dénoncer l’hommage au colonialisme que constituent les monuments, bâtiments publics, rues, etc. au nom de figures de la colonisation. Cette critique s’inscrit dans un vaste mouvement de remise en cause des symboles de l’oppression coloniale dans des pays qui furent des colonisateurs (par exemple en Belgique ou en Allemagne [2]), ou plus généralement du racisme (comme aux Etats-Unis contre les figures de la ségrégation [3]) ou d’autres formes de domination [4].

La campagne « Faidherbe doit tomber » a été menée simultanément en France et au Sénégal par un collectif d’associations dont Survie  [5], à l’occasion du bicentenaire de la naissance de Louis Faidherbe. Né à Lille en juin 1818, il deviendra certes le « héros de l’armée du Nord » que prétendent aujourd’hui célébrer ses laudateurs, mais il aura auparavant été un redoutable idéologue et une figure de la colonisation en Algérie et surtout au Sénégal, deux pays dans lesquels il s’est vanté d’avoir rasé des villages, massacré des centaines et des centaines « d’indigènes » et initié un mouvement de métissage destiné à faire « bénéficier » les territoires colonisés de la « suprématie » de la « race blanche » [6]. Il mourra en 1889 à Paris, où une rue, une bibliothèque et une station de métro portent son nom.

La campagne doit se terminer ce samedi 30 juin avec la « fête à Faidherbe » à Lille. Interpellée publiquement par le collectif sur l’odieux hommage à ce colonisateur que fait la ville, notamment en rénovant ce printemps la statue de Faidherbe à cheval, la maire Martine Aubry a déclaré que ce questionnement avait « sa légitimité » mais que « c’est un débat à mener, peut-être aussi au niveau national. Car de nombreuses villes ont une rue Faidherbe » [7]. À commencer par la capitale française, où cette figure du colonialisme est honorée dans le 11ème arrondissement : les militants de l’association Survie ont donc rebaptisé la station de métro Faidherbe-Chaligny en « Faidherbe Ça suffit ! » (voir photos), avec une banderole demandant aux passants et à la RATP « qui veut (encore) célébrer le colonialisme ? », et affirmant que « 200 ans, ça suffit ! Faidherbe doit tomber ».

Pour Thomas Borrel, porte-parole de Survie, « on ne peut plus accepter, au XXIème siècle, que nos rues et nos stations de métro rendent hommage à des personnalités qui ont incarné un système d’oppression aujourd’hui largement condamné – hélas pas encore unanimement, c’est une partie du problème. Tant que nous ne mènerons pas ce travail de déconstruction de notre imaginaire colonial, les promesses de relations égalitaires entre la France et l’Afrique resteront vaines. De telles figures historiques ne doivent avoir une place que dans les musées et les manuels scolaires, où la critique peut accompagner l’image, pour mieux la déconstruire. »

Samedi, à Lille, la « fête à Faidherbe » marquera la fin de cette campagne, mais évidemment pas du travail d’interpellation des citoyens et des élus, en cours dans plusieurs villes de France, sur l’ensemble des noms de rue et d’édifices publics qui continuent de polluer notre imaginaire collectif.

Dossier de présentation de la campagne « Faidherbe doit tomber ! »

[2Berlin a annoncé que plusieurs rues vont être rebaptisées, pour remplacer des noms de colonisateurs allemands par ceux de résistants à la colonisation dans les pays en question (Voir « Berlin va rebaptiser des rues évoquant la colonisation allemande en Afrique », Le Monde-AFP, 12 avril 2018). En Belgique, Charleroi a récemment rebaptisé une rue « Patrice Lumumba », Premier ministre du Congo assassiné six mois après l’indépendance, pour laquelle il avait ardemment milité, et qui s’opposait ouvertement aux intérêts belges dans son pays désormais officiellement indépendant (Voir « Première en Belgique : une rue Patrice Lumumba bientôt à Charleroi », RTBF, 28 mai 2018).

[3Voir par exemple « Confederate Monuments Are Coming Down Across the United States », New-York Times, 28 août 2017

[4Voir par exemple l’appel récent à féminiser les noms de stations de métro, « Vers une féminisation des stations du métro parisien ? », Ouest France, 11 juin 2018

[5La campagne est menée par Survie (au travers notamment de son groupe Survie Nord, à Lille), l’Atelier d’histoire critique, le Collectif Afrique (à Lille), le Front uni des immigrations et des quartiers populaires (FUIQP), le Collectif sénégalais contre la célébration de Faidherbe.

[6Voir le dossier complet de présentation de la campagne « Faidherbe doit tomber ! », sur notre site.