« Qui sème le vent », un téléfilm qui sème enfin le doute sur « l’indépendance énergétique » française
Alors que le nucléaire tend à s’imposer comme une question centrale de la campagne présidentielle, l’association Survie tient à souligner l’intérêt de la fiction Qui sème le vent que la chaîne Arte diffusera, ce vendredi 2 décembre à 20h40. Ce téléfilm interroge enfin un angle mort de la filière française de l’atome : les conditions sociales, environnementales et politiques dans lesquelles la Cogema puis Areva exploitent l’uranium africain depuis des décennies. La levée d’un tabou qui atomise l’argument de « l’indépendance énergétique » de la France.
Qui sème le vent [1] rappelle que l’uranium de nos centrales provient pour une large part du Niger [2], où la France a toujours jalousement veillé sur son approvisionnement, au prix d’une contamination de l’environnement à laquelle les populations locales sont exposées en permanence. La Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité (CRIIRAD) a ainsi précisé que le scénario de ce film était basé, « en ce qui concerne l’impact radiologique de l’exploitation de l’uranium sur l’environnement, sur des constats effectués par [son] laboratoire » : ses différentes enquêtes et analyses indépendantes ont en effet démontré depuis plusieurs années la réalité du scandale environnemental de la présence de notre fleuron industriel au Nord Niger, mais sans qu’aucune enquête fiable sur les maladies radio-induites des habitants de la région n’ait encore pu briser l’omerta imposée par le numéro un mondial du nucléaire.
Le réalisme du film concerne également le contexte françafricain et les pires ingérences politiques liées à cette exploitation. Le scénario s’inspire, en les condensant en une histoire de quelques jours, de faits politiques qui retracent la réalité de la présence au Niger de la COGEMA puis d’Areva : soutien au renversement du chef de l’Etat en 1974 [3], complaisance envers le coup d’Etat constitutionnel du Président Tandja contre l’attribution de la mine d’Imouramen en 2009, (la France lâchera Mamadou Tandja en 2010 [4]), diplomatie parallèle [5], imbrication entre réseaux politiques, militaires et industriels [6], gestion cynique et sans scrupule de la vie d’otages [7].
Ce film est un outil pédagogique évident, qui montre par la fiction le vrai visage de la pseudo « indépendance énergétique » de la France, assise sur des décennies de pillage et de pollution : une « indépendance » qui a pour prix la confiscation de la souveraineté d’une autre nation. C’est notamment pour souligner cette hypocrisie que l’association Survie publiera en février 2012 Areva en Afrique, une face cachée du nucléaire français, Dossier Noir aux éditions Agones, afin que les débats sur la pertinence et l’intérêt du nucléaire en France intègrent pleinement les questions du pillage et de l’impérialisme liées à son développement.
Qui sème le vent sera diffusé sur Arte le vendredi 2 décembre à 20h40 et sera rediffusé le mardi 6 décembre à 14h45.
[1] Contacts presse film : Stanislas BAUDRY – 09 50 10 33 63 / 06 16 76 00 96 / sbaudry@madefor.fr Plus d’informations, le matériel presse, disponible sur www.arte.tv/fr
[2] Si les principaux producteurs d’uranium sont aujourd’hui le Kazakhstan, le Canada et l’Australie, près d’un tiers de l’uranium des centrales nucléaires françaises vient du Niger, premier fournisseur d’Areva puisque la moitié de sa production de 2010 était assurée par ses sites nigériens
[3] Diori Hamani, premier président du Niger, avait été opportunément renversé en 1974 alors qu’il tentait de renégocier avec la France le prix de l’uranium extrait par la Cogema.
[4] Concernant le renversement de Tandja en 2010, Jean Ping, alors président de l’Union Africaine, a reconnu que les services secrets de la France et des USA étaient au courant des préparatifs de coup d’état.
[5] En 2007, Areva recrute par exemple discrètement, à l’insu des autorités nigériennes, Laouel Kader, Secrétaire général du gouvernement nigérien de 1999 à 2007, pour en faire un conseiller Afrique du pôle minier du groupe, puis un conseiller pour le Niger d’Anne Lauvergeon.
[6] Ainsi, au plus fort des tensions entre le groupe français et Niamey, dans un contexte de renégociation du prix de l’uranium, le public avait appris à l’occasion de leur expulsion par le gouvernement nigérien que Gilles Denamur, ancien colonel de l’armée française, était alors le responsable de la sécurité d’Areva-Niger, filiale dirigée par Dominique Pin, ex-numéro deux de la cellule Afrique de l’Élysée de 1991 à 1995... c’est-à-dire une période pendant laquelle Anne Lauvergeon, devenue plus tard « atomic Anne », était devenue Secrétaire générale de l’Elysée !
[7] Toute la lumière reste à faire sur les conditions de décès des deux otages français enlevés le 7 janvier dernier à Niamey, et tués pendant l’assaut des troupes françaises contre les ravisseurs, au Mali, lors de l’opération "Archange foudroyant".
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