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Au prétexte de protéger les forêts, Emmanuel Macron reçoit un criminel contre l’Humanité, le dictateur congolais Sassou-Nguesso

Publié le 16 décembre 2022 - Survie

Le président Denis Sassou-Nguesso, 38 années cumulées de pouvoir en République du Congo, rend visite ce lundi 19 décembre à Emmanuel Macron. La rencontre entre cette figure emblématique de la Françafrique et le locataire de l’Elysée est officiellement consacrée à la protection des forêts d’Afrique centrale. L’association Survie, qui milite contre la Françafrique, dénonce l’hypocrisie franco-congolaise en matière environnementale comme en matière de droits humains.

Mise à jour du 19 décembre 2022 : La rencontre entre Emmanuel Macron et Denis Sassou-Nguesso annoncée par la presse spécialisée ne semble finalement pas avoir lieu, sans qu’on sache si elle est victime des chamboulements d’agenda du président français suite à la finale de la Coupe du monde de football, ou si cela reflète une volonté politique - dans ce cas bien trop discrète ! - à l’Elysée. Les prochains jours ou prochains mois nous permettront de juger si Emmanuel Macron met ou non enfin de la distance avec le dictateur congolais Sassou-Nguesso."

Contestée en Afrique de l’Ouest, la France resserre ses liens avec ses vieux alliés en Afrique centrale. Après le voyage du président Macron au Cameroun en juillet, la visite à l’Elysée de Sassou-Nguesso, placée pour sa part sous le signe de l’écologie, le montre une nouvelle fois. Elle intervient à quelques mois du One Forest Summit, grand-messe à laquelle le président français pourrait participer au Gabon, en tentant d’associer le Congo-Brazzaville à l’événement [1]

Pour Pauline Tétillon, co-présidente de Survie, « à ce compte-là, toute la famille françafricaine va se convertir à l’écologie ! Mais en accueillant une nouvelle fois Sassou-Nguesso à l’Elysée, le président Macron donne dans le greenwashing d’un régime criminel, tortionnaire, prédateur et corrompu. Il y a plutôt de quoi être vert de honte. »

Sassou-Nguesso, au pouvoir presque sans discontinuer depuis la fin des années 1970, porte en effet une incontestable responsabilité dans les crimes qui ont émaillé son règne : élimination d’opposants, guerre civile de 1997, arrestations politiques, tortures en prison [2], exécutions arbitraires comme celle des « disparus du Beach » [3], répression féroce de toute opposition comme lors des massacres d’octobre 2015 [4], déplacement de populations dans la région du Pool… La liste est tellement longue que personne ne peut ignorer la nature du régime congolais [5]. Cela n’empêche pas les entreprises françaises de continuer à y faire des affaires, en particulier TotalEnergies – y compris sous prétexte d’investissements « verts » [6]. Et au plan économique, alors que le pays croule sous les dettes, son président est régulièrement accusé de voler l’État congolais [7], de l’affaire des Biens mal acquis [8] au scandale des Pandora Papers, où son nom apparaît lié à une compagnie impliquée dans le pillage du pays depuis un paradis fiscal, les îles Vierges britanniques [9]. C’est cette impunité que célèbre Emmanuel Macron en accueillant une cinquième fois ce dictateur [10] .

Pour l’association Survie, mettre fin à la Françafrique, comme le prétend le président français, impliquerait pour commencer de renoncer à ce type de rencontre odieuse.

[3Disparus dont les familles sont toujours en quête de vérité et de justice 25 ans après les faits et après un véritable marathon judiciaire : https://www.lemonde.fr/afrique/article/2016/05/17/disparus-du-beach-de-brazzaville-les-familles-suspendues-a-la-poursuite-de-l-instruction-francaise_4920787_3212.html

[4Voir « Denis Sassou Nguesso rappelle au monde qui il est », Billets d’Afrique n°251, novembre 2015, https://survie.org/billets-d-afrique/2015/251-novembre-2015-718/article/denis-sassou-nguesso-rappelle-au-5043

[5Pour avoir rappelé la nature de ce régime en 2000, François-Xavier Verschave, alors président de l’association Survie, avait été poursuivi en justice par trois chefs d’État dont Denis Sassou-Nguesso, lesquels ont été déboutés. https://www.nouvelobs.com/societe/20020703.OBS7243/noir-silence-deby-bongo-et-sassou-nguesso-deboutes.html

[7Voir par exemple « Le fils du président du Congo est soupçonné d’avoir blanchi 19 millions d’euros en France », Mediapart, 18 août 2022 https://www.mediapart.fr/journal/international/180822/le-fils-du-president-du-congo-est-soupconne-d-avoir-blanchi-19-millions-d-euros-en-france

[8« "Biens mal acquis" : un hôtel particulier d’un fils du président Sassou Nguesso saisi en France », Sud-Ouest/AFP, 9 septembre 2022, https://www.sudouest.fr/justice/biens-mal-acquis-un-hotel-particulier-d-un-fils-du-president-sassou-nguesso-saisi-en-france-12220455.php

[9« "Pandora Papers" : le gouvernement congolais dément l’implication du président Sassou-Nguesso », RFI, 6 octobre 2021, https://www.rfi.fr/fr/afrique/20211006-pandora-papers-le-gouvernement-congolais-d%C3%A9ment-l-implication-du-pr%C3%A9sident-sassou-nguesso

[10En plus d’une visite à l’Elysée le 3 septembre 2019, Sassou-Nguesso est en effet venu au Forum de Paris sur la paix en 2018, 2021 et 2022.

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